© Hannah De Meyer

Faire de l’évènement spectaculaire un « recommencement »,  intention  peu singulière dans les discours politiques de l’art contemporain, élément de langage rarement opératoire il faut bien le dire. Faire table rase, c’est effacer radicalement les signes cultuels et historiques, c’est remettre le Logos à l’état naissant et renoncer par là même aux pouvoirs du discours. Si la dramaturgie féminine d’Helene Cixous était bien trop discursive pour faire apparaître ses « corps tremblants », celle d’Hannah de Meyer commence symboliquement par expulser sa théorie : les pamphlets féministes ou écologistes surgissent comme des références spectrales, imbibant une voix-off qui s’érige avant tout comme un chant polyphonique. Alors, la « sortie d’homme » tant rêvée par Novarina peut avoir lieu.

Le corps de la jeune artiste surgit comme un langage désarticulé. Les pulsations gutturales paraissent aussi signifiantes que cette parole suggestive, magnifique écriture qui déplie des visions fondantes et fondatrices, des paysages pralinés et métaphysiques. Dans le hors-temps dépaqueté par cette forme d’avant la forme, le corps renonce enfin à nous faire signe. Hannah de Meyer ne se contente pas, dans une filiation butlerienne qu’elle revendique pourtant, de faire clignoter le langage social. Elle désimprime d’entrée le corps. Elle en fait une page aussi blanche que le sol, une surface de projections confondantes que mots et mouvements font grouiller de concert. Ce corps anachronique, cosmique et fœtal, « trop vivant pour être contenu » déborde alors le discours écoféministe qui ponctue le spectacle. L’allégorie essentialiste d’une nature féminine prend la densité irradiante du symbole, grâce à ce matériau marionnettique qui, comme celui rêvé par Kleist et Maeterlinck, brave la pesanteur terrestre et normative par « son absence absolue de réflexion » et sa liquidité retrouvée.

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