Le Malade imaginaire

Le corps random

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Si « Le Tartuffe » et « Le Misanthrope » se volent la vedette chez les Purgon et Diafoirus du théâtre parisien, « Le Malade imaginaire » semble souvent être l’apanage de productions privées, peut-être parce que sa pléthore dramatique (sorte de copieux bilan de santé esthétique et politique de l’œuvre de Molière) se prête mal à l’ordonnance actualisante de certains metteurs en scène. Après André Marcon ou Gérard Holtz (voilà où mènent certaines maladies du théâtre redoutées par Roland Barthes), Daniel Auteuil chevauche à son tour ce trône de la maturité comique qu’est le fauteuil d’Argan.

Un renard autour du cou, le Malade nous accueille dans un manoir criard aux peintures pleurnicheuses (décor au kitsch trop modeste pour être honnête), au coin d’un feu cartonné qui dilate son ombre rabougrie. Sa contre-ordonnance marchandeuse, qu’on a connue plus inspirée, inaugure un premier acte raboteux où tout s’enchaîne sans grande malice théâtrale, avec une deuxième partie minée au départ par le numéro très peu inspiré des compères médecins. Il faut attendre le petit opéra de Cléante, sorte de Vianney guitareux ici (tenu par l’excellent Pierre-Yves Bon, qui rendosse énergiquement le statut de jeune premier) pour que le spectacle démarre enfin. Au-delà du plaisir interprétatif que manifestent tous les comédiens, la mise en scène de Daniel Auteuil souffre d’une technicité moliéresque très inégale, car la dynamique des dialogues est souvent enrayée par une diction pâteuse (en particulier celle d’Aurore Auteuil, servante à la scène) et des intentions de jeu peu structurées. Le troisième acte (qui a le mérite de conserver la longue scène d’idées entre Argan et Béralde) est quant à lui très réussi, car le cauchemar quasi grand-guignolesque que décline le metteur en scène instaure enfin une vraie tension dramatique. Le protagoniste, pour sa part, qui n’est pas avare en cabotinages et impairs textuels sans gravité, trouve au cours du spectacle toute la naïveté et la fantaisie qui donnent un sens à sa composition, déjouant alors les humeurs tragiques qui ont souvent ballonné son personnage. « La grande affaire est le plaisir », on en revient toujours là chez Molière, et on ne le boudera pas totalement encore une fois, pour toutes les dissections et tous les clystères du monde.

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