Le Laboratoire de la nature

Nature en clair-obscur

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« Le Laboratoire de la nature », exposition conçue par Pascale Pronnier au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, nous ouvre les portes de l’univers de William Henry Fox Talbot, photographe et homme de science dont l’influence sur la scène artistique contemporaine peut, à première vue, surprendre. Une exposition en forme d’hommage, donc, qui interroge les représentations de la nature depuis le XIXe dont les racines se prolongent jusqu’à nos jours.

Fidèle à l’agencement même du laboratoire, cette exposition juxtapose ainsi diverses formes et installations selon un dispositif quasi expérimental, dont la lumière noire qui baigne l’espace fait perdre la notion du temps à celui qui vient déambuler devant une bibliothèque pour oiseaux en forme de cage (« Library for the Birds », Mark Dion) et se retrouve plus loin immergé au sein d’une installation en réalité virtuelle reconstituant la première exposition de Talbot (« Thresholds », Mat Collishaw). Sommes-nous dans un musée d’histoire naturelle au XIXe siècle ? Dans une galerie d’art contemporain ? Dans une chambre noire ? Nous arpentons ce laboratoire, condensé d’histoire autant qu’expérience sensible, à l’heure où notre écosystème menacé ne peut que questionner le monde de l’art et les artistes sur la place qu’ils lui accordent, sur leur manière d’en donner la trace.

De ce point de vue, l’écho trouvé aujourd’hui par l’œuvre de Talbot chez les artistes contemporains rassemblés là prend tout son sens. Façon, peut-être, de rappeler que l’homme n’a cessé de chercher à fixer l’image de la nature tout en contribuant à sa destruction progressive ; que l’invention de la photographie, fille du XIXe siècle, est intimement liée à la révolution industrielle et à la catastrophe écologique en cours. Les œuvres exposées apparaissent ainsi comme autant de réponses esquissées face à la passion de représenter et domestiquer – classifier, comprendre, maîtriser – la nature, qui a toujours été celle de l’espèce humaine. Un voyage tout en mélancolie, à la manière d’une vision hors du temps actuel (comme dans la magnifique série photographique « La noche oscura », d’Anaïs Boudot) qui nous rappelle paradoxalement les inépuisables manières de transformer le réel.

Du 2 février au 21 avril 2019 au Fresnoy – Studio national des arts contemporains.

 

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