Le Passage à Lo-Jin

Vergers défendus

Par

© Lee Wei-Chang

L’histoire de Hsu Ching est aussi troublante que captivante. Il entre dans une troupe de théâtre par le biais de rôles travestis dans « Le Miroir aux litchis » ; l’obsession d’un maître pour son corps adolescent l’oblige à singer l’apparence des femmes jusque dans son quotidien. Initialement entraîné par l’exigence de sa passion pour l’art, Hsu Ching se découvre peu à peu asservi aux contraintes genrées d’un sexe qui n’est pas le sien. Bien que le thème soit aujourd’hui très à la mode, « Le Passage à Lo-Jin » lui propose un traitement radicalement différent du théâtre occidental et renouvelle, par là même, la perspective que nous entretenons habituellement par rapport à ce sujet.

Yu-Dien Chen choisit de concilier les besoins dramaturgiques de l’opéra classique chinois (genre « Jardin des Poiriers ») avec une relative sobriété scénographique. Un texte projeté fait office de voix de conteur muette. Au fond, quatre musiciennes, armées d’instruments traditionnels, accompagnent le déroulé de la fable et le chant des acteurs. La symétrie de quelques éléments au plateau, elle, fait écho à la binarité des sexes. Dans cet écrin simple et efficace, la magie de cet opéra de poche prend vie.

Réduit à une heure de spectacle, le roman éponyme dont s’inspire l’opéra est une matière d’autant plus complexe qu’il adresse de nombreuses critiques très codées vis-à-vis de la Chine. L’œuvre multiplie ainsi les couches de sens en associant à la question du genre celle, plus subtile mais décisive, de la colonisation taïwanaise et des déchirures identitaires qu’elle causa au xixe siècle.

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