Les lacets d’une bergère

Bergère des collines
Par

Surtout ne pas se fier à son titre. Ce qui peut sembler être une guillerette fable pastorale se révèle au fil des pages un récit initiatique âpre et juste. La narratrice choisit d’écrire son changement de trajectoire radical comme si son passage à la vie au grand air des Corbières devait trouver une nouvelle justification par les mots.

« Cent brebis pour commencer c’est un petit troupeau. Cent brebis pour inaugurer une nouvelle façon d’aimer le monde, d’en avoir l’usage, d’y user son corps et son désir. » Calligraphe dans le Gers, Florence Robert choisit d’apprendre à devenir bergère et éleveuse de brebis et s’installe dans un hameau au cœur d’une montagne sèche et venteuse, garrigue du sud odorante mais souvent inhospitalière. A la majesté des paysages répondent des lois immémoriales que seuls les aigles planant au-dessus des troupeaux apprivoisent ; nature et mammifères humbles et exposés pâtissent et puisent ravages et bienfaits au rythme des saisons. Notre apprentie se lance avec courage, balbutie, doute et comme dans tout roman d’apprentissage trouve sa voie/voix non sans l’aide précieuse de ceux qui ont approché cette terre avant elle. Ce qui est remarquable dans ce récit, c’est que l’on se sent très vite happé à la fois par l’écriture, sobre, sans fioritures ni effet, et par la complexité de cette vie pétrie d’aléas où courage, instincts et bon sens sont les alliés vitaux de ces jours qui s’égrènent. « Au bout d’une année, la fièvre est retombée dissoute dans la touffeur d’un quotidien de suie, de sueurs, de soleil. Mon insatisfaction permanente s’est tue calmée par l’onguent de l’amitié et du travail bien fait. » Les éditions Corti offrent un écrin à ce cheminement, un pâturage commun où l’on médite avec simplicité et clairvoyance, le temps de la lecture, sur la possibilité de donner un nouveau sens à une vie.

  • 32
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par