Répertoire

9x Cecilia Bengolea et François Chaignaud
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Pas moins de huit pièces seront présentées au Centre national de la danse… mais ne parlez pas de « rétrospective » à François Chaignaud, il ne trouve pas cela conforme à ce qui se passe pour lui et Cecilia Bengolea. « Je ne suis ni mort ni en train d’arrêter » une carrière prolixe, initiée en 2005 avec le – depuis – célèbre « Pâquerette », véritable manifeste de ce qui fera le style et la force de ces deux artistes qui ne laissent rien au hasard… S’ils parlent chants chrétiens antiques, ils suivent des cours avec les meilleurs. Ils avalent tout ce qui se dit, s’écrit sur le sujet. Ils ont cette soif d’« étudier », d’apprendre.

Quand on demande à François Chaignaud ce qu’il ressent en reprenant, quinze ans après, ce fameux « Pâquerette », il répond que c’est sans doute la pièce qui lui pose le plus de questions, car il ne l’a pas dansée depuis quatre ou cinq ans. Alors, retrouver les états de corps, se mettre en situation d’avoir la même justesse que dans les autres pièces, qui, elles, malgré la forte offre de nouveautés sur le « marché », tournent toujours, sont demandées et cela dans le monde entier…

À rétrospective, François Chaignaud préfère le titre trouvé par le CND pour ce temps fort imaginé par Christophe Wavelet et qui porte en lui à la fois la question et la résolution que pose l’institution phare de la danse en France : le répertoire. Quel est-il ? Comment se maintient-il ? Qui le cultive ? Qui le danse ? Qui le regarde ?…

Le parcours de François Chaignaud passe aussi par ses interprétations chez les autres chorégraphes, comme Boris Charmatz, qui l’a révélé, Emmanuelle Huynh, qu’il a retrouvée dans le travail exemplaire de reconstitution du « Sacre du Printemps » de Nijinski, et qui n’a pas vu François Chaignaud sauter de longues minutes sur pointes dans « Sacre 197 », remonté par Dominique Brun, n’a rien vu de sa danse et ne peut pas comprendre ce danseur d’apparence si frêle, souvent juché sur des talons, cheveux longs blonds bouclés, une sorte d’ange qui se révèle être un incroyable génie, celui d’une lampe d’Aladin de la danse.

François Chaignaud voyage de par le monde. On le voit aussi bien à Berlin qu’à Singapour. Lorsqu’on lui demande s’il dispense un enseignement, si, comme pour les grands chorégraphes, il y a une « méthode Chaignaud » comme il y a une « technique Graham » ou « Cunningham », il s’interrompt un instant et laisse entendre que c’est sans doute quelque chose qui commence à lui manquer : enseigner, transmettre, faire école… Il sent bien que cela « élargirait » un peu plus la « communauté des artistes » qui pourrait non seulement comprendre mais transmettre cette quête qui fonde ce travail hors norme, mettant toujours sur la brèche ces deux auteurs, incessants chercheurs, infatigables étudiants qui ont besoin de cet espace nouveau devant eux pour créer. En ce moment, il prépare une nouvelle pièce qui sera montée à Genève en septembre prochain. Pour cela, il passe beaucoup de temps en Espagne, suit des cours de chant… La routine, quoi.

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