I/O n° 72 [édito] : Hineni

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Comment regarder l’absence en face et la rendre visible ? Une question qui depuis des millénaires hante le théâtre et le façonne, lui qui depuis toujours tâche de trouver la plus juste façon de jouer le bruit du temps. C’est donc à cette question que le Festival d’automne, devenu l’espace d’un moment ce Rocher dont le Talmud raconte qu’il indique le centre du monde et permet de couvrir l’abysse dans lequel les eaux du Déluge ne cessent d’écumer, s’est attaqué ces derniers jours. Lui, et ceux qui le font. Ainsi, Mohamed El Khatib, Daniel Kenigsberg et Fanny Catel ont questionné l’impossible et démontré que la croyance en nos souffrances réciproques restait l’ultime médicament qui permettra au monde de s’accrocher à l’existence quand elle nous échappe. Sans chercher de sens à l’impensable… en ouvrant simplement la porte pour éclairer la chambre noire. Ainsi persuadés de la nécessité de l’autre, les spectateurs du festival ressortent éclairés des salles sombres de la capitale, errant dans les rues tels les fantômes hurlants de Boris Charmatz, en phase avec un monde dans lequel être ému représente l’ultime expérience esthétique, intellectuelle et éthique. Devenu sage, chacun d’entre nous peut alors entamer les dernières semaines du festival avec détermination et se présenter fièrement au pied des plateaux, en chuchotant aux acteurs ce mot simple d’Abraham qui offre son enfant : « Hineni. »

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