Après la répétition

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Cette reprise d’« Après la répétition » offre une conclusion délicate au nouveau triptyque Bergman que propose le TG Stan au Théâtre de la Bastille, irrigué par le spectre de Strindberg et du « Songe ». Si le drame suédois était explicitement convoqué par « Infidèles », dans une fantaisie expérimentale pleine de poussière parodique, il n’est ici qu’un horizon scénique, prétexte aux retrouvailles du metteur en scène Henrik Vogler (Frank Vercruyssen) et de la jeune comédienne Anna Egerman (Georgia Scalliet), celle-ci devant incarner le rôle principal jadis tenu par sa mère. Strindberg ajoute à ce lignage tchekhovien un intertexte symbolique et fécond, le regard céleste et initiatique que le dramaturge suédois posait sur le malheur humain rejaillissant dans celui que Bergman porte sur le théâtre lui-même. Prétendant maîtriser la fureur et les mystères du monde par la technique représentative, Henrik Vogler est bien vite rattrapé par cette « vieille machine » pleine d’engrenages tragiques que déclenchent la scène et la vie. Le pirandellisme écrémé de cet énième scénario métathéâtral trouve une vérité scénique inoubliable dans l’installation sommaire que fabrique encore le collectif belge à l’aide de rideaux blancs froissés, d’un bracelet invisible ou d’un trench-coat humidifié par de l’Evian. En rendant à l’objet et à la parole dramatiques toute la présence essentielle et sensuelle que la comédie et l’existence ne font qu’imiter, l’esthétique du TG Stan trouve une motivation inégalée dans l’infra-théâtralité naturelle que lui retransmet ce texte. En plus d’exhiber les travestissements virtuoses de Georgia Scalliet dans un cadre plus intimiste que « La Nuit des rois », la reprogrammation de ce spectacle crée en 2013 entraîne un examen critique du travail mené depuis par Frank Vercruyssen et ses acolytes. Ce requiem pour l’artiste marque une parenthèse heureuse pour le TG Stan qui, remisant distanciation et digressions, met lui-même à l’épreuve ses amours théâtrales, répare la dérive systémique qu’avait laissé craindre « Infidèles » et retrouve le trouble sulfureux d’un théâtre incarné, pauvre et songeur. 

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