© Pierre Planchenault

Les retrouvailles avec Meytal Blanaru, après son bouleversant « Rain », furent à la hauteur de l’émotion qui nous avait étreint alors. Dans « Undivided », la danseuse d’origine israélienne a choisi de s’entourer de trois autres danseurs (Thomas Coumans, Ido Batash, Finch E. Scott) qui nous accueillent au plateau. Ils sont là, parmi nous, nous sourient, nous parlent, nous invitent à prendre place. Cette déambulation amicale est accompagnée par les notes légères et enjouées de la guitare de Benjamin Sauzereau qui prend en charge l’accompagnement musical de l’ensemble de cette pièce chorégraphiée. Puis un étrange calme s’impose. Il n’y a plus qu’un corps dans ce vaste espace cerné par les spectateurs, celui d’Ido Batash qui ouvre le bal des solitaires. Chacun des danseurs essaie, à sa manière, d’attirer l’attention des autres et du public. Tous tentent d’exister et les gestes, amples et larges au début, acquièrent une autre intensité lorsque les corps atteignent la pleine conscience de leur solitude. La solitude ne dépend pas des autres ; elle est d’abord intérieure. Ces existences perdues au milieu du plateau l’expérimentent de manière intime en offrant leur être tout entier par un regard, tantôt séducteur, tantôt désespéré, lancé au spectateur qui peut choisir de leur répondre ou de les rejeter.

Cette performance retrace les étapes d’une rencontre faite de douceur, de violence, jusqu’à la destruction ou la renaissance. Chaque mouvement semble jaillir du plus profond de l’être. Mais, alors que les mouvements désarticulés de Meytal Blanaru, dans « Rain », exprimaient extérieurement la convulsion du traumatisme vécu intimement, ici le mouvement, né de l’expérience d’une solitude intérieure profonde, lance le corps dans un élan irrépressible vers l’autre. Une fois la bête domptée, les corps s’unissent et les âmes s’étreignent. Les quatre danseurs ne font plus qu’un et se déplacent aux quatre coins du plateau pour convier le petit fragment d’humanité que nous sommes au grand Partage. Pas de mots. Plus de gestes. Simplement des regards, des sourires et une paix immense.

Il y a quelque chose d’hypnotique dans le travail de Meytal Blanaru, à l’image de son regard qui, lorsqu’il vous prend et vous enlace, fait sauter une à une les résistances de l’être qui renâcle et se tient en retrait. Meytal Blanaru n’est décidément pas une danseuse comme les autres.

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