Sheila retient son souffle

31e cérémonie des Mandrakes d'or
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De grands enfants sont parmi nous au Casino de Paris. Sheila, Booder ou Passe-Partout attendant comme nous les révélations magiques de l’année, des étoiles gamines déjà dans les yeux. Les Mandrakes d’Or, chapeautés en haut de forme par Gilles Arthur, n’offrent pas seulement un palmarès des plus grand-e-s magicien-ne-s du monde mais un thermomètre politique de la magie nouvelle. Une féminisation notable d’un milieu illusionniste, autrefois adepte de corps réifiés et sciés, était notable cette année. Que ce soit avec Giorda l’hypnotiseuse ou avec Sabine van Diemen, escapologue émancipée des cages enflammées d’Hans Klok (magicien hollandais dont elle était l’assistante).

Si le 31e gala aurait pu se passer des intermèdes « humoristiques » de Vincent C, il nous a offert des numéros très contemporains par leur sobriété et leur caractère performatif. La présence du canadien Darcy Oake fut à ce titre un événement, pas tant pour son numéro (cela dit très efficace) de colombes mais pour sa lévitation qui relève tout simplement du miracle : deux hommes, couchés sur deux praticables portent une femme avant de retirer leurs bras pour laisser flotter celle-ci, et ce dans un espace entièrement nu et éclairé. Les évasions de Sabine van Diemen elles aussi privilégient des matériaux rudimentaires : de la mythique camisole de force à un sac plastique sans air à l’intérieur duquel l’artiste suffocante est comprimée et menottée (Sheila retient son propre souffle !). Le jeune manipulateur Winston Fuenmayor, muni d’une cigarette et d’un papier à rouler, renouvelle quant à lui le genre des cartes surgissantes par une théâtralisation permanente du geste.

Force est de constater que les propositions plus intemporelles, pour ne pas dire kitsch, dénotaient, comme celle d’Aaron Crow ou de Léo Brière (mentaliste au décor trop fourni pour être honnête). Dynamisée par les interventions dansées du Paradis Latin, cette cérémonie des Mandrakes d’Or a fait ainsi la part belle à des « magiciens de l’insécurité » comme disait René Char, c’est-à-dire des poètes du présent, et non des vieux mages en redingote pailletée.

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