(c) Sammi Landweer

A l’occasion du portrait que lui consacre le Festival d’Automne, la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présente “Encantado”, créé en étroite collaboration avec les interprètes du spectacle.

Ils sont onze. Ils sont nus. Nu·es les danseurs et les danseuses, nu le plateau. On se dit dans la salle que ça ne va pas être évident, tout ce vide, ce silence, et c’est vrai, le début est ardu, aride même. Mais tout va naître sous nos yeux. Les couleurs. Les bruits. La vie, aussi. “Encantado” est un spectacle qui se mérite, et qui affrontera l’austérité du premier quart d’heure sera mille fois récompensé car il assistera à la naissance d’un monde.

En s’appuyant sur l’actualité anxiogène et sur l’écologie décoloniale de Malcolm Ferdinand et Torto Arado d’Itamar Vieira Junior, Lia Rodrigues dévie l’histoire de l’humanité pour en proposer une vision qui serait restée connectée à la Nature et aux éléments. Un réenchantement du monde qui, pour ne pas sombrer, déciderait de faire danse de tout, y compris du lavage des mains — dans une sorte de tuto d’hygiène incroyable qui finit en un passage à la Beyoncé. Alors on pourrait décider de ricaner bêtement devant ces gens qui nous apprennent à nous laver les mains dans les règles de l’art sur la scène de Chaillot, mais ce serait passer à côté de ce qui, il nous semble, est au cœur de “Encantado”.

Si le rituel du lavage des mains est un des effets premiers du Covid, alors c’est anxiogène. Mais si on le ramène sur le même plan que Beyoncé, on sort du médical pour intégrer la pop culture. Essayer de reproduire une chorégraphie de Beyoncé devant son miroir, se laver les mains comme recommandé, ça devient la même chose, un instantané du quotidien comme un autre dans lequel on peut injecter ce qu’on veut, y compris de la joie. La joie, pivot central de cet “Encantado”. Et dès lors que la joie est là, rien n’est plus grave et tout devient possible.

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