Mille et une Constellations

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L’entrée de la tour Royale à Toulon – © Laurent Perrier

Pour la neuvième année consécutive, le festival « Constellations », dirigé par Frank Micheletti, investit Toulon et son agglomération, éclairant trois villes d’un fil de propositions qui mêlent une belle variété de fond et de forme. Dans un nombre étonnant de lieux, de formats et de disciplines qui enchevêtrent l’ouverture internationale avec un fort ancrage dans le territoire.

On l’a compris : la force de frappe du festival réside d’abord dans sa diversité. Il faut suivre à la trace les constellations qui se déploient dans une myriade de lieux à Ollioules, Hyères et Toulon. Rien que dans la métropole, le public arpente goulûment les souterrains de la tour Royale, ténébreux royaume de l’« in situ » dans lequel chaque alvéole de granit abrite un kaléidoscope de spectacles qui s’enchaînent presque sans répit… Saisi dans le tourbillon, le visiteur happé par les lumières colorées de la Tour s’hypnotise sans difficulté, à mesure que les chants d’Ana Rita Teodoro s’entrechoquent aux danses textiles de Kaori Ito, elles-mêmes nappées par la musique de Benoît Bottex. À chaque jour sa propre poésie : le lendemain toulonnais se divise entre le Metaxu – galerie d’artistes émergents –, la scène nationale du Liberté, ou encore l’Hôtel des Arts, ancien hôtel particulier au sein duquel une série de performances anime la splendide exposition du photographe flamand Harry Gruyaert. C’est d’abord le cercle orageux de la Tour qui s’explore jusqu’à n’en plus pouvoir, et une autre fois la ville qui devient un territoire à (re)découvrir – à l’image de la balade organisée avec le street artist Ipin recomposant discrètement la plastique de lieux urbains. De deux constellations l’une : le trajet lui-même (le trait tracé entre deux lumières) est aussi au cœur du projet artistique.

Car Frank Micheletti veut à chaque fois déplacer le spectateur, ballotté hors des théâtres et des formats habituels qui s’y logent. À peine est-il pourtant acquis à l’imaginaire de l’« in situ » qu’on l’introduit de nouveau dans une salle noire : rien n’est à exclure, on y arrive avec l’œil neuf du dehors. Le festival se balade également entre les pays, le directeur artistique programmant les lauréats de la villa Kujoyama avec les scènes mozambicaine et suisse. Les étoiles scintillent, Micheletti les relie d’un trait obombré – de sorte que Toulon s’auréole d’un écho finement polyphonique, respirant à la pulsation de ce qui l’environne, de près comme de loin. Autant dire que la prise de risque est inhérente au festival : nombre d’artistes, dont la compagnie directrice Kubilai Khan, présentent descrash-tests et des inédits ; encore une fois, la diversité est reine. À l’évidence, certaines propositions sont vertes, tandis que d’autres, toutes fraîches, surprennent par leur profondeur – témoin le « Je suis tous les dieux » de Marion Carriau. C’est bien le jeu de la programmation, qui se veut profondément proche du public… Car « Constellations » ouvre beaucoup de formats : ateliers d’écriture et de danse, scènes DJ, installations et expositions. Le tout est gratuit, y compris les spectacles ; une veine qu’il faut urgemment saluer. Le festival, créé en 2011, fêtera ses dix ans l’année prochaine – avec l’espoir de bénéficier d’une plus grande ampleur, sans renoncer à la liberté des manifestations qui débordent du cadre traditionnel.

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