Un p’tit cracker et puis s’en va

Adieu peut-être ! Merci c’est sûr !
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Un intermède magique s’insinue parmi les « dix bonnes raisons d’arrêter » (les spectacles d’humour) énumérées par Patrick Timsit. L’artiste broie un cracker dans sa main qui disparaît « avec un peu de poudre magique. » Pure anecdote a priori, pure parenthèse enfantine où l’artiste se régale d’un vieux truc de fantaisiste que même les enfants comprennent (aucune enfant dans la salle toutefois). Et profonde métaphore en réalité. Profonde métaphore de l’humoriste (cracker très bonhomme, certifié gentil et pur beurre) grâce auquel les blagues moralement impossibles se mettent à poudroyer. L’intelligence des spectacles de Timsit a toujours résidé dans le cadre humoristique qu’ils cherchent à penser et à redéfinir, proposant une expérience des limites sans cesse problématisée. Cet ultime spectacle (mais rien n’est moins sûr, vu la dernière parole prononcée…) n’échappe pas à cette tradition, même si l’on regrette cette fois que Timsit cède à l’appétence actuelle pour une dramaturgie « Marabout, bout d’ficelle » qui structure de plus en plus les spectacles d’humour (voir notre article sur Fary). C’est-à-dire qu’un sujet en entraîne tout de suite un autre, et que le creusement du sens et de la morale permis autrefois par les micro-sketchs laisse souvent place cette fois à des punchlines plus farineuses, plus plaquées et plus gratuites. Mais “le bonheur est un festin en miettes” on le sait, alors ne le boudons pas pour si peu.

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