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Une petite porte sur un grand mur blanc, on se prépare à un “Maybe B”.  Peut-être la limite d’un espace illusoire comme au bout du “Truman Show”. Pourtant, entrent vite de sombres figures élancées, écrasant nos attentes avec un numéro de clown. Puis une marionnette, taureau d’un réalisme affolant, puis du cirque, puis des tableaux contemplatifs. Dimitris Papaioannou, génie grec de la danse-théâtre, bascule en permanence d’un spectacle à un autre, ne nous laissant ni le temps, ni l’opportunité de nommer ce que l’on voit.

Ses pièces ont les traits de ces premiers spectacles où l’artiste, vierge encore, bouillonnant d’images à assouvir, les assemble toutes comme s’il n’allait en faire qu’un seul. L’excellence de Dimitris Papaioannou fait du “premier spectacle” un genre à part entière. Enchaînements de numéros ou de tableaux – c’est selon -, tellement gorgés de références picturales et mythologiques que ça déborde presque, l’artiste semble ne cesser de refaire ses débuts. Et pourtant. Les situations s’enchaînent et se mêlent de manière si organique, que le spectacle se déroule comme on vidait les viscères d’un animal sacrifié. Avec une vierge à l’enfant qui perd ses eaux et le taureau qui défèque dans les mains d’un des danseurs, la comparaison nous est autorisée.

L’évidence de la réalisation tient à sa méthode. Le chorégraphe ne construit pas ses spectacles, il les cuisine. Ramassant ici et là des ingrédients visuels, des objets, des matières, il les met au contact des corps, essayant, essayant encore jusqu’à ce qu’il se passe quelque chose à son goût. “Taste” est le mot qu’il utilise. Il s’interdit toute intention. Puis il écrème. L’artiste, qui tente d’être présent à toutes les représentations, est attentif à chaque sensation qu’il pourrait ressentir en présence du public. Le lendemain, les passages importuns ne sont plus ou sont autres. Ainsi se polissent ses œuvres, prenant lentement mais sûrement des formes qui ne pourraient être autres. Ce qui nous laisse ce sentiment de trop ou de pas assez, tout en étant incapable de souhaiter moins ou plus. “Transverse Orientation” est une hydre, un herm-aphrodite, une sensualité tenue par les cornes, un déversement d’inconscient.

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