Convulsions

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Auréolé du Prix théâtre RFI 2016, « Convulsions » revisite le mythe des Atrides à la sauce 2018. Pourtant, tandis que les comédien·ne·s passent avec agilité d’un rôle à l’autre, on se dit que le monde n’est pas vraiment moins violent aujourd’hui que dans les tragédies grecques. Aux fratricides et infanticides traditionnels s’ajoutent les violences contemporaines, tests ADN et loterie de l’immigration. Joué entre terrain de basket et aéroport, « Convulsions » ne se passe nulle part, et pourrait donc se passer partout. C’est cette incertitude qui renforce la violence du propos. Car la violence est partout, et si Hakim Bah la dit si bien, Frédéric Fisbach a la lourde tâche de la porter à la scène. Le début de la pièce réalise alors la prouesse de ne pas illustrer platement le propos – on ne verra guère qu’un chœur récitant des didascalies – tout en le sonorisant de façon parfaitement anxiogène. Débarrassé des images qu’on essaye de lui imposer, le public est alors libre de construire sa propre représentation de la violence en s’appuyant sur les voix des artistes. La tension, jamais totalement à zéro, ménage cependant des soupapes burlesques portées notamment par Marie Payen. « Convulsions » apparaît alors comme un conte horrifique, une satire d’anticipation dont on ressort avec une légère angoisse : et si Hakim Bah se révélait prophète des temps modernes ?

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