Jogging

Jogging

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C’est une silhouette vêtue de noir, aux cheveux dissimulés derrière un hijab, que l’on peut croiser sur la corniche de Beyrouth, au lever du soleil. Une coureuse quinquagénaire, perdue dans ses pensées, qui parle toute seule entre deux foulées et trois étirements. Elle laisse échapper des bribes de mots, des fragments d’histoires. Les mots de toutes les femmes silencieuses de Beyrouth, de celles qui perdent leurs fils à la guerre et de celles qui tuent leurs enfants par désespoir d’aimer, de celles qui sont confrontées chaque jour à leur échelle au visage du tragique. Obsédée par le personnage de Médée, par l’amour niché au cœur du monstre, la comédienne Hanane Hajj Ali interroge dans « Jogging » ce que les faits divers libanais viennent dire de la société et de la condition féminine. Convoquant également sa propre histoire et son rapport à la maternité, l’artiste livre une performance brute et sobre, savamment référencée et remarquablement interprétée. Un portrait du Liban moderne traversé par les tragédies antiques. Un Liban qui aurait le visage d’une femme, éperdue de douleur, de révolte et d’amour.

 

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