Last night I dreamt somebody loved me

© Maxime Robert Lachaine

La metteuse en scène Angela Konrad a abordé les méandres du narcissisme 3.0 sous la forme d’une réflexion intello-philosophique aux accents humoristiques. Force est de constater que la sauce ne prend pas et que cette nouvelle création manque cruellement d’âme.

La proposition repose presque entièrement sur un Eric Bernier volubile et séducteur, un peu perdu sur ce grand plateau de l’Usine C qui le mangerait bien tout cru pour le souper. Dominé par le flot de paroles ininterrompu qu’il recrache docilement, le comédien ne sait où donner du corps. Il se promène nonchalamment sur scène, entre ombre et lumière, tentant vainement de donner du sens à un monologue indigeste. La portée philosophique du texte de Konrad, qui cite Platon et Nietzsche entre deux selfies Instagram, se noie dans une introspection d’une banalité confondante. Autour de ce Narcisse des temps modernes évoluent cinq danseurs tout droit sortis de l’adolescence, lui rappelant cruellement sa jeunesse et sa candeur perdues. Des mélodies vibrantes de Shirley Bassey et des Smiths viennent parfaire le tableau, enfonçant le clou d’une quête amoureuse à la sauce Facebook et confirmant la tonalité pathétique et grotesque de cette création. Mais la question que l’on se pose durant plus d’une heure trente est la suivante : le ridicule est-il conscient ? Les circonvolutions égocentriques, les pas de danse mal maîtrisés et les tentatives ratées de sensualité nous permettent d’en douter. Comme si Konrad était passée à côté de sa mise en scène en ne se permettant pas un choix clair entre franche moquerie et romantisme assumé. Le résultat n’est donc plus qu’un intense moment de gêne qui ne semble jamais finir. Le spectateur en sort tout englué de guimauve avec pour seule envie celle de se retrouver en tête-à-tête avec la voix suave de Morrissey et d’oublier cette pénible soirée.

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