Brèves du futur

© Jean-Louis Fernandez

La voilà, la belle brochette d’itinérants à la Comédie de Valence qui assaille les alentours de la métropole… Quelle parole culturelle prêcheront-ils ? Eux, les évangélistes d’une institution qui a l’intelligence d’un organe centrifuge autour du CDN (la « Comédie itinérante ») : car ils transportent la flamme du théâtre à l’instar des Olympiques… Has been, la décentralisation ? À force de pointer, à I/O Gazette, ceux qui empruntent encore ses chemins de traverse, on voudrait dire que non. On le croit même dur comme fer, que ça s’agite sous l’asphalte à demi-mot… Ça : l’in situ (qu’on aime tant) et le hors-les-murs n’ont d’autre ringardise que la vétusté de notre imaginaire. Les « Brèves du futur » n’en sont-elles pas l’habile tutoriel ? — Julien Guyomard dépouillant le régime d’anticipation en tenue d’Ève : quatre brèves politisent une certaine décadence (écologique, artistique, spirituelle, sociale) dans quatre situations fictionnalisant le public autour de la scène : une fois militant écolo, une autre fois acteur prisonnier d’un lieu culturel désaffecté, etc.

Fichtre que la langue démange au sortir : c’est un format qui donne envie de (se) débattre du présent plus que du futur — le metteur en scène ne le renierait pas… Qu’elle est malicieuse l’oeuvre qui, présentant au grand public un genre lointain des campagnes (le théâtre de CDN) décide d’approcher un genre lointain du présent (la science-fiction), dont les coûts habituels de production ne permettent que rarement ce genre de tournées… Et le spectateur de découvrir la sémillante théâtralité de l’anticipation : une paire de lunettes devient un simulateur de VR ultra-futuriste, un K-Way métallisé dessine des être robotiques (les amateurs de Darley se remémoreront « Pas Bouger »)… Guyomard rend au théâtre ce qui appartient à la science-fiction : le domaine ludique. Faut-il le dire ? Ses « Brèves » ont des défauts : la dramaturgie, assez inégale, frôle parfois le didactisme et le simplisme. Cependant telle oeuvre, portée par une solide équipe d’acteurs (dont le renversant Renaud Triffault que nous avions découvert à Villerville), parce qu’elle debunke l’imaginaire, est plus importante qu’elle ne paraît. Espérons qu’elle se resserrera pour mieux rayonner.

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