Low Flow

Fire of Emotions: Palm Park Ruins
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Après nous avoir entraînés jusque dans l’espace et au fond des océans avec les deux premiers opus de « Fire of Emotions », c’est désormais une injonction à cultiver notre jardin que la performeuse Pamina de Coulon offre en pâture à nos oreilles attentives en 80 min de logorrhée quasi ininterrompue. Et l’intérêt de cette conférence non académique réside justement dans toutes les contradictions qu’elle charrie, l’auteur-tribun comme témoin vivant et en acte des incohérences inhérentes à notre époque. Car ce n’est pas à une leçon que nous assistons mais à la dissection d’un cerveau humain en train de jouer de sa faculté de penser. Pamina est inquiète, et malgré toutes ses précautions oratoires son trouble sur le destin de notre planète finit par se révéler dans l’urgence de son débit et par contaminer notre reste d’optimisme par « capillarité » (elle aime beaucoup cette idée, bien plus que celle de « porosité », nous expliquera-t-elle). Citant à foison ses essayistes préférés, elle s’empare de leurs concepts, en fabrique de nouveaux, se construit une cosmogonie postmoderne qui parvient, par un jeu d’équilibre et d’acceptation complexe, à dessiner un espace-temps sans frontière ni soumission aux diktats des puissants. Se pose alors la question du théâtre et plus précisément du rapport ambigu que cette performance entretient avec l’image. Semblant au premier abord refuser d’en user, elle pose ici et là des objets ou des gestes qui, eux, ont vocation à signifier au-delà des mots : une tente ouverte mais dans laquelle on n’entre pas, une installation de laies vert prairie qui habillent vaillamment le fond de scène dans une indifférence superbe au drame qui se joue, un petit carré de marbre sur lequel on se juche parfois, une composition en argile, farandole où chacun se donne la main. On hésite entre naïveté et didactisme bourgeois bohème, puis on se laisse bercer par leflow de ce discours, saisissant au passage ce qui fait sens pour nous, en empathie avec le mal-être caractéristique de cette génération, banderoles en main, mais on reconnaît volontiers les qualités indéniables d’écriture et la sincérité de l’auteur.

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