Carrément trop normal et heureux de l’être

Normalito
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« La normalité en général est une fiction idéale », nous a dit Freud il y a quelque temps déjà, et bien malin celui qui parviendra à une esquisse de la normalité satisfaisante tant elle est soumise à la relativité. Car non, la norme n’est pas la moyenne. Pauline Sales s’y risque pourtant, honorant ainsi une commande de Fabrice Melquiot, et livre une pièce de théâtre pour adolescents bien sous tous rapports. Prenant comme point de départ la situation convenue et rabâchée du garçon moyen-sympa qui regarde le foot et mange des chips et de sa confrontation forcée (puis aimée évidemment) avec la fille-étrange-brillante-concernée qui mange bio, l’auteure sort la tête du commun dans une deuxième partie qui voit la dame pipi de la gare de l’Est, personnage trouble avec une belle épaisseur (incarnée avec justesse par Anthony Poupard), insuffler émotions et matière à penser. Si le duo pouvait paraître sans saveur, le trio prend alors une dimension dramaturgique et certaines scènes laissent du théâtre advenir joliment sur le plateau. La scénographie n’aide pas à la naissance de l’extra-ordinaire, le gris domine, les portes claquent, l’adolescence s’y frotte tant bien que mal et les parents, toujours à côté de la plaque, tentent d’y retrouver leurs œufs. Texte et mise en scène au diapason donc, où le tout public comprend finalement que toute personne normale n’est en fait que moyennement normale. Si le théâtre est bien l’espace de tous les possibles qui engage chacun d’entre nous à l’introspection et au mouvement, peut-être faudrait-il au lieu de généraliser et de susurrer aux jeunes oreilles que l’on peut être heureux quel que soit le mode alimentaire domestique, chercher plutôt à tisonner les ambitions de tous et à ouvrir la brèche aux multiples fantaisies. Car l’envers de la normalité n’est pas l’anormalité, mais la singularité.

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