Inaudible-Thomas-hauert-cgregory-Batardon

© Gregory Batardon

Un vent frais et fort souffle dans les herbes un peu trop hautes de la Cartoucherie. Thomas Hauert, allegro, ouvre le festival à grand coup d’attitude et d’abaissement sur le “Gershwin’s Piano Concerto in F”, monté avec Mauro Lanza Ludus de Morte Regis. Tant la danse contemporaine ne cesse de repenser son rapport à la musique, qu’il est formidablement rafraîchissant de voir une chorégraphie qui se veut illustrative et entretient un rapport avec la partition pourvu d’un franc premier degré. La mélodie s’accable, le corps s’afflige ; exaltée, le corps exulte ; fiévreuse, le corps se rend malade. Le mouvement sonne comme une note. L’interprétation n’hésite pas à coller au tragique enjoué de Gershwin avec beaucoup d’honnêteté. Sincère. On se rappelle “dbddbb” de Daniel Linehan avec cette même frivolité précise du geste, ces costumes versicolores et la badine Liz Kinoshita. On préférera tout de même les parties écrites aux parties improvisées.

Dans le hall d’entrée du théâtre – et sa douce odeur boisée – après la représentation, une rumeur se propage : ” le grand brun est formidable “. Ce danseur qui provoque tant de branle-bas, c’est Gabriel Schenker – qu’on a pu voir ces derniers temps en France dans “From A to B via C” de Alexandra Bachzetsis et dans “Work/Travail/Arbeid” d’Anne Teresa de Keersmaeker.

Gabriel est un funambule assuré, de haute taille, qui a le génie d’abonnir une oeuvre sans prendre plus de place que celle qui lui est attribuée. Son visage et sa silhouette arborent une sorte de sériosité naïve et désintéressée qui donne au travail, à l’humour périlleux de Thomas Hauert un équilibre parfait. L’aisance déconcertante de ses battements, l’évidence de ses inclinaisons et cette précision incroyable lustrent la chorégraphie d’exigence, et son regard apporte du drame.

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