À l'ombre des ondes

Au creux du rêve

Par

© Jean-Gabriel Valot

Dans l’Auditorium du palais de la Porte Dorée, les contours se sont floutés. Le haut plafond s’est couvert d’une brume étrange. Les lumières ont été tamisées. En cercles, quelques chaises longues invitent les spectateurs à se laisser aller, à déposer leur fatigue aux portes de ce quasi-temple improvisé. Un casque vissé aux oreilles, les voici qui attendent patiemment que la magie prenne vie, doucement ; d’abord dans le craquement des pas que retransmet le micro baladeur d’une silhouette vagabonde. Marcher pour se perdre et consentir à l’aventure sonore qui nous enveloppe et se développe ; d’abord au rythme de ce voyageur inconnu, qui découvre l’envers sonore des peintures murales de la salle, puis au fil des fragments de texte qui apparaissent.

Des récits de rêve se succèdent dans différentes langues et entraînent l’auditeur dans un voyage de textures et de couleurs délicieux. Le duo Kristoff K.Roll construit avec ingéniosité un véritable îlot de sensations, qui palpite en une large palette sonore. La forme assez ramassée de cette escapade onirique possède le goût un peu sucré d’une friandise que l’on mange avec soin et qui pétille en bouche : un souvenir familier et éphémère. Chaque performance est unique, adaptée aux différents lieux et procédant d’une création en direct. Au détour des différentes atmosphères sonores accompagnées d’un jeu de lumière, des femmes et des hommes content leur rêve, fragments de voix de migrants ou d’étudiants, disposés pêle-mêle. Le timbre de ces différentes voix et la mélodie des langues fabriquent d’instinct différents lieux et nous y emportent en titillant en nous l’image réelle et fantasmée que nous nous faisons de la culture que nous croyons distinguer entre les accents.

Les images se superposent en contrepoint : symboles des rêves et frissons des sens se font et se défont en une succession souple de tableaux collectés et rassemblés dans l’instant. Comme autant de couches de sens, les sons seuls et leurs alliages – entre bruits réels et numériques, voix parlées et sons incompréhensibles, musique du casque et fond sonore de la salle – réussissent à nous transporter aussi loin que juste au creux de nous-mêmes. L’onde saisit le cœur tendrement et le charme opère.

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