Vania

« Un démon m’étouffe à l’idée que ma vie est irrémédiablement perdue »

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« L’universalité et l’humanité de cette pièce sont bouleversantes, avec ses personnages pensés comme des solitudes qui doivent « faire » ensemble » affirme Julie Deliquet. C’est exactement ce que l’on ressent face à Vania, son ingénieuse mise en scène de la pièce de Tchekhov. Le dispositif bi-frontal met en effet le spectateur dans une position d’observateur face aux protagonistes qui, tels des bêtes en cage, sont prisonniers d’un quotidien dans lequel ils s’enlisent. Les liens familiaux tortueux sont exposés, à vif, et le décoratif est évacué pour laisser place à la matière humaine brute. L’adaptation fine du texte résonne alors avec acidité aux oreilles de l’assistance. On sent l’actualité brûlante des mots, la peinture acerbe d’une société désillusionnée et d’un terrible vide existentiel. Sur le plateau, il y a Tchekhov, et en face, le reste de la salle, fatal miroir de la société contemporaine. Ainsi, Vania est une virée dans l’intimité d’êtres fictifs qui ne cessent pourtant de nous ramener à une réalité : la notre, et au poids écrasant de l’insatiable recherche de bonheur. Pour couronner le tout, on est (encore) bluffé par le génie des comédiens de la Comédie Française qui s’emparent du plateau avec une implication et une présence incroyables. A voir absolument.

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