Mécaniques nocturnes

© Michel Slobodian

Animal nyctalope, informe, effrayé par les démons tapis dans la noirceur, l’artiste se débat pour faire naître l’oeuvre. C’est l’accouchement de la forme, le rapport de la danseuse au mouvement que la chorégraphe Anne Plamondon a voulu sortir de l’ombre et porter sur scène avec l’aide de la metteure en scène Marie Brassard. Évoluant dans une nuit hostile, elle s’agrippe au métal froid du lourd échafaudage qui envahit l’espace, symbole du long et douloureux processus qu’est la création artistique. Le corps de la danseuse, crispé et transpirant, entre en lutte avec un ennemi invisible qui, malheureusement, nous tient à bonne distance. Heurté par des coups de projecteurs aveuglants et repoussé par une barre de danse dressée comme un obstacle entre ce qui se joue sur le plateau et lui, le public est mis à rude épreuve. La souffrance de l’interprète paraît telle que nous ne pouvons l’approcher, comme si un champ électromagnétique se refermait sur elle, abandonnée à ses doutes, seule. La perspective d’une issue salutaire semble bien compromise. Si Anne Plamondon souhaitait partager avec nous les méandres insondables de son esprit créateur, l’entreprise se resserre en une expérimentation personnelle impénétrable.

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