In Jesus’ name

Ainsi soit-il

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Fruit de plusieurs mois de reportage au sein de l’église évangélique zurichoise ICF, le livre « In Jesus’ Name » a été interdit de diffusion sitôt après son vernissage par le tribunal civil de Zurich. Censurés, l’ouvrage et les images de Christian Lutz exposées à la collection Lambert cet été nourrissent tous les fantasmes et génèrent le besoin d’une réflexion à mener d’urgence sur les sacro-saints droits à l’image et l’avenir de la photographie.

« L’image pourrait donner l’impression de pédophilie. Car on pourrait penser que le demandeur 11a, qui porte un polo vert, a mis enceinte la demanderesse 11b, âgée de quatorze ans, assise devant lui. Pire encore : on pourrait penser que la photo montre les membres d’une secte qui permet la polygamie ou autorise les relations sexuelles avec les enfants. » Voilà donc le type de sentences, mélange subtil de logorrhée juridique et de penchants paranoïaques sous-jacents, que le photographe suisse Christian Lutz nous donne à lire sur ces images. Car à voir, il n’y a plus grand-chose. Vingt et un membres de l’ICF ont estimé que ce travail leur portait préjudice, et depuis la typographie a dû prendre le lead sur l’image. Et c’est tout l’intérêt de cette exposition dérangeante qui, en cachant, révèle d’une lumière encore plus crue le désœuvrement de ces visages que l’on ne voit plus. D’un projet sociologique ambitieux, voilà finalement une œuvre d’art modelée par les contraintes et les contradictions. Le texte apposé sur un bandeau noir force la lecture (comme peuvent le faire parfois des cartels trop bavards), dérive le flux dans le sens de la plainte, ne laisse plus place aux doutes. Le photographe parle de cette exposition comme d’un manifeste ; c’est de toute évidence un geste qui, loin de le pénaliser, enrichit son travail d’une dimension métaphysique vertigineuse et convertit le passage au sous-sol de ce musée en pause sur un îlot introspectif dans la furie avignonnaise.

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