© Elina Giounanli

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque « Relic » qui a permis au monde de découvrir l’univers déjanté de l’artiste en 2015, celui-ci est de retour avec une proposition plus ambitieuse, à l’échelle d’une scène de théâtre. La silhouette affublée d’une de ces excroissances en mousse qu’il affectionne tant, il prend la forme d’une créature créatrice aux yeux d’enfants. Dans la solitude terrifiante d’un néant divin, elle dépense une énergie inépuisable à créer du vivant, joue (littéralement) à cache-cache avec les ombres et ne cesse de faire du bruit pour empêcher la lourdeur du vide de l’écraser. Le travail sur le son et la lumière effectué avec Giorgos Poulios et Eliza Alexandropoulou est absolument remarquable. Il est rare et captivant de voir ces éléments de scénographie prendre une telle importance sur scène au point de devenir des personnages à eux seuls. La lumière fait exister le noir, découpe le temps et l’espace tandis que la distorsion et l’écho des moindres sons créent un univers bizarroïde, monstrueux et onirique à la fois. L’ensemble de la proposition regorge d’idées de génie et son esthétique si particulière impose définitivement Laskaridis parmi les noms à suivre de près. Reste à savoir s’il est vraiment possible de créer une dramaturgie riche et cohérente à l’aide de simples images, aussi percutantes soient elles. Peut-être pas.

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