La discothèque secrète de Philippe Manoeuvre

Philippe Manoeuvre et les trésors cachés du rock

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On ne présente plus Philippe Manoeuvre, présence à la fois tellurique et aérienne de la critique rock depuis la fin des années soixante-dix. Peu de temps après son départ de la rédaction en chef de « Rock & Folk » l’année dernière, au bout de 25 années de bons et loyaux service, paraît sa « Discothèque secrète » aux éditions Hugo Desinge. Alors quoi, on nous aurait caché 111 trésors du rock ?

A la suite de sa « discothèque idéale » parue en 2005, Manoeuvre nous livre une nouvelle compilation aux petits oignons. Exit les tubes, les tops des hit-parades et les vinyles mythiques des grands groupes pop-rock de ces cinq dernières décennies. A leur place, depuis Jack Nitzsche en 1963 jusqu’à Kelley Stoltz en 2015, des albums inconnus au bataillon, dont l’écoute semblait réservée jusque-là aux aficionados hardcore des raretés musicales… Faisant partie de ces derniers, l’auteur de ces lignes aura reconnu quelques-unes de ses propres pépites, dont l’éponyme de Terry Reid ou le « Rides Again » de James Gang. Et pourtant, dans le lot, quelques groupes stars comme le Velvet Underground (avec l’oublié « Squeeze »), les Kinks (avec « Muswell Hillbillies », trésor tout de même pas vraiment caché qui est l’un des monuments du quatuor anglais), ou, trop vite zappé, le proto-synth-pop « Love You » des Beach Boys (1977).

Qu’il s’agisse de génies méconnus ou de losers magnifiques, Maoeuvre opère la distinction entre « disque culte » et « disque Collector ». Ici il n’aborde que la seconde catégorie, c’est-à-dire des albums parfaitement trouvables dans le commerce, pour un prix raisonnable, mais qui ont disparu des radars des auditeurs, voire qui n’y sont jamais entrés. Les trois quarts de la sélection est exhumée de la période sacrée qui court de 1966 à 1974, avec un pic en 1971, et il nous faut admettre que ce choix très subjectif nous sied parfaitement. Avec son style habituel, décapant comme une fraiseuse pointée sur l’historiographie de la pop (transgenre, d’ailleurs, allant de la folk au punk en passant par la country et la soul) , Manoeuvre partage avec passion – et parfois le soupçon de mauvaise foi juste nécessaire – son goût musicalo-geek pour les beautés secrètes.

Avec un parti-pris très graphique, les pochettes des disques en énorme et une maquette léchée (seule ombre au tableau : pas d’index des albums et artistes cités, grave erreur !), cette anthologie est un petit bijou à offrir à tout amateur éclairé. Il ne reste plus qu’au lecteur de constituer sa playlist de streaming web de ces 111 trésors à (re)découvrir.

« La discothèque secrète de Philippe Manoeuvre. Collector – 111 trésors cachés du rock », éditions Hugo Desinge (août 2017)
231 p, 25 €

Voir aussi :
> 575 disques essentiels selon Rock & Folk (janvier 2017)
> La Discothèque idéale de FIP (novembre 2017)

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