Janet on the roof

Pratique de l’entremonde

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© Cie Parc

Après « Motifs », « Janet on the roof » consacre la collaboration entre Pierre Pontvianne et Marthe Krummenacher dans un solo hypnotique niché à l’interstice entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. 

Scientifiques en tout genre s’échinent bien à donner raison aux populaires « théories du tout » : car comment croire que l’infiniment petit résiste aux lois de l’infiniment grand (et vice-versa) ? Ne sont-ce pas pourtant des mondes irrésistiblement intriqués ? Pierre Pontvianne explore chorégraphiquement la connivence entre ces deux univers que tout sépare : il relie l’imperceptible – les minimes variations chorégraphiques de Marthe Krummenacher – et le gigantesque – les sons répétés d’une catastrophe imminente. En dépit d’exhumer sa propre « théorie du tout », « Janet on the roof » choisit de bâtir sa lucarne de poésie dans un intervalle cosmique : une atopie entre la tornade et l’immobile (ou presque) d’où apprécier concrètement les connexions synaptiques entre les mondes.

Alors le temps se contorsionne – à l’image des transformations mutiques de la danseuse – et la salle attentive peut observer les temporalités qui s’intriquent. Lumière et son (à savoir que Pontvianne est également à la conception sonore du spectacle) sont ainsi connectés : l’effet lumière changera à chaque fois qu’un son de douille frappant le sol se répètera ; la scène devient comme le hors-champ de la bataille. Seule la chorégraphie se poursuit en silence dans ce non-lieu : la danseuse est le point neutre du système, la particule presque jamais altérée mais fondamentale pour l’équilibre.

Tout est bien sûr dans la beauté du presque, qui circonscrit l’architecture ternaire de « Janet on the roof » (les deux univers et leur entremonde) en mêlant cyclicité et causalité. Pontvianne déploie un déterminisme illustrant la rigoureuse mesure du changement : les presque mêmes causes produisent les presque mêmes effets physiques – d’où l’hypnotisme quasi-pictural. Reste une exception, lorsque les gestes de la danseuse s’exagèrent et s’amplifient : velléité d’échapper fugitivement au cours des choses ? Ou tentative de s’extraire du spectacle lui-même en déchargeant toute l’énergie accumulée ? Qu’importe : le chorégraphe aura édifié sa fenêtre d’entremonde aussi belle qu’ardue pour son spectateur.

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