Vous saurez tout sur la morue

De la morue
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« La morue, tu sais quand elle part mais tu sais pas quand elle revient. » C’est à partir de cette assertion énigmatique et incisive – proférée par un pêcheur aux abords de l’île de Terre-Neuve – que Frédéric Ferrer ouvre sa conférence théâtrale intitulée « De la morue ». Le géographe, comédien et dramaturge mène au Théâtre Monfort en ce mois d’avril une série de « Cartographies » comme il nomme ses prestations survoltées, issues de son cycle « L’Atlas de l’anthropocène », plaidoyer engagé et ultra-documenté en faveur de la protection de l’environnement. C’est donc à un brillant pastiche de TED Talks ou à un épisode de « C’est pas sorcier » sous acide que nous invite Frédéric Ferrer. A la fois déjanté et ultra-précis, il enchaîne à un débit mitraillette une succession d’informations coup de poing attestant de la disparition de la morue des eaux françaises et canadiennes. La morue se fait alors martyre du XXIe siècle, témoin direct du changement climatique et des ravages de la pêche en eau profonde. Des photos et vidéos des reportages et enquêtes de terrain viennent appuyer de façon efficace le propos de cet improbable conférencier. En une heure quinze très précisément, et en reprenant à peine son souffle, Frédéric Ferrer narre avec une truculence palpable l’histoire de la pêche à la morue à travers les siècles. Il s’autorise les digressions les plus absurdes – de l’analyse des chansons paillardes de marins de la Bretagne-nord à la réhabilitation de la vie sexuelle de Marguerite de Navarre – et embarque son auditoire conquis dès les premières minutes dans les dérives sans appel de notre « amnésie environnementale générationnelle ». Car, sous-couvert d’humour et de PowerPoint à l’esthétique nerd, l’extinction massive des espèces, la fragilité de notre écosystème et les réalités de la modification de nos modes de vie sont des réalités que Frédéric Ferrer ne craint pas d’asséner. « Alors, pourquoi la morue met-elle en jeu le devenir du monde ? » : cette question, lancée au détour d’un trait d’esprit caustique sur Alexandre Dumas ou d’une photo de morue en gros plan, cesse soudain de faire sourire.

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