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Le théâtre documentaire est un genre périlleux. Un exercice de funambule au-dessus du précipice Wikipédia. Tout le monde n’a pas le talent de Houellebecq pour sublimer les notices du site d’un grand souffle patibulaire. C’est le problème de la mise en scène d’« Asalto al agua transparente » : faire le compte-rendu de l’histoire calamiteuse des eaux de Mexico – depuis l’époque où la ville était encore capitale aztèque jusqu’à sa gestion contemporaine – sous la forme d’une indigeste accumulation de données objectives, sans les habiller d’une fiction, par laquelle la matière historique acquière la texture d’un événement humain, susceptible de « faire sentir », plutôt que de « faire connaître ». La compagnie Lagartijas tiradas al sol s’empare d’un sujet passionnant (d’autant plus que mal connu du spectateur occidental lambda) : on apprend que les 2 000 km de lacs qui entouraient la ville ont été, au fil des siècles, asséchés pour des raisons d’abord politiques, jusqu’à entraîner une pénurie actuelle. Mais hélas, les comédiens, aussi metteurs en scène, étouffent leur spectacle en privilégiant maladroitement l’exhaustivité au détriment de la mise en valeur de certains événements, plus marquants de d’autres, dans cette histoire des eaux de la capitale mexicaine. Il manque une incarnation de ces éléments historico-politiques à travers une ou plusieurs histoires individuelles spécifiques (celle proposée est à peine esquissée), qui auraient permis de dépasser la matière seulement factuelle. Malgré l’invitation au voyage d’un décors coloré et foutraque, et l’énergie de comédiens, c’est cette forme impersonnelle qui l’emporte et maintient irrémédiablement le spectateur à distance.

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