WET°, c’est un festival. Pas une séquence à thème dans une programmation, non. Un vrai festival avec la possibilité de voir quatre ou cinq spectacles en une journée, de passer d’une salle à l’autre comme on traverserait le globe en un éclair, de rencontrer les autres festivaliers entre deux tableaux du monde actuel, de débattre avec eux une bière à la main ou avec les artistes eux-mêmes sur la pertinence de tel ou tel procédé dramaturgique pour défendre tel ou tel point de vue en attendant son burger dans la file du food truck sur le parvis. Impossible de tout voir. Certains spectacles sont joués « hors les murs » comme ont dit, ce qui nous pousse à faire des choix. Certains festivaliers tiennent absolument à voir cette compagnie-ci, dont ils ont tant entendu parler, même si pour cela il faut prendre le bus et rater cet autre spectacle pourtant si alléchant.

Pour ma part, je resterai au théâtre Olympia et je commence par « Le Roi sur sa couleur », une pièce qui traite du rapport entre le pouvoir et la culture en s’appuyant sur « l’affaire Olivier Py », évincé en 2011 de la direction du théâtre national de l’Odéon au profit du metteur en scène suisse Luc Bondy, parachuté par l’Élysée. Hugues Duchêne propose une brillante « comédie documentée » entre les Guignols de l’info et « House of Cards ». D’une simple posture corporelle ou d’une inflexion de voix, les acteurs dessinent subtilement ces personnalités devenues personnages, pantins d’une dramaturgie qui les dépassent et qui tour à tour nous amusent et nous terrifient.

Dans la grande salle, je reste un peu perplexe devant « Genèse n°2 ». Malgré les grandes qualités du texte de l’auteur russe Ivan Viripaev qui jongle habilement entre métaphysique et méta-théâtralité, malgré aussi la virtuosité des acteurs qui enchaînent les moments de bravoure, le spectacle peine à se constituer comme objet scénique global et lisible.

« Truelle » se savoure comme un bonbon acidulé. L’histoire de cette petite fille modèle élevée à l’éducation positive qui devient serial-killer est des plus corrosive. La gamine aura beau assassiner tout le quartier pour attirer l’attention des ses mamans, hydre de bonnes manières à deux têtes, celles-ci préféreront toujours rester « bienveillantes » et ne la gronderont jamais. Avec un univers délicieusement kitsch, l’auteur metteur en scène Théophile Dubus vise juste en pointant la tendance actuelle du refus du conflit dans certaines méthodes éducatives et met en lumière la violence pernicieuse qui s’y dissimule.

Enfin, il y a toujours ce moment dans un festival où, au milieu de la multitude de spectacles, apparaît LA révélation. Quelque chose qu’on avait jamais vu, jamais ressenti au théâtre. « 2 ou 3 choses que je sais de vous » est un spectacle qui vient chambouler tous les codes de représentation. La voix de Marion Siéfert énonce un texte d’une beauté et d’une justesse rare sur notre processus de mise en scène perpétuelle sur les réseaux sociaux, faisant apparaître sur un grand écran dans la stupeur générale, entre rires et effroi, les événements personnels de notre actualité, tandis que de son corps, elle remonte la salle en traversant les sièges, tenant de renouer un vrai « contact » avec les gens par le toucher, telle une Amma 2.0. C’est magnifique, c’est bouleversant et c’est d’une puissance imparable.

La journée s’achève par une carte blanche au Collectif Catastrophe. Difficile de donner crédit à la naïveté de leurs paroles après la profondeur de Marion Siéfert, mais leur musique est plutôt cool. Je retrouve les jeunes artistes du JTRC, programmateurs et acteurs de ce beau festival. Ils peuvent être fiers de leur réussite. Voir de jeunes artistes dialoguer ainsi, des formes émergentes aussi diverses résonner entre elles et voir autant de spectateurs jeunes et moins jeunes répondre présent, cela rappel que le théâtre reste encore un des lieux les plus précieux pour rassembler les femmes et les hommes, partager des visions et inventer de nouvelles façons d’être ensemble.

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