I/O n° 78 [édito] : Chiasme théâtral

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Comme chaque année, le Programme est commun. Mais commun n’est pas semblable, et encore moins similaire. Ainsi, pour parvenir à leurs fins, les synergies des théâtres Vidy-Lausanne, Arsenic et Sévelin 36 se sont affrontées, avant de se rejoindre, pour créer ensemble ce qu’aucune de ces structures ne ferait seule aussi bien : un festival de théâtre. À l’image de ces institutions, dont la singularité ne saurait se diluer dans le bain tiède de cette communauté qu’elles forment pourtant l’espace d’un instant, les œuvres présentées s’apprêtent aussi à s’allier, malgré les différents horizons dont elles sont issues, pour ne former qu’un ensemble, dont cette année encore nous espérons qu’il fera sens. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement, alors que Ruth Childs s’engage à remémorer aux âmes oublieuses le travail de sa Tante, et que les outrances singulières de Rodrigo García et de Christoph Marthaler se préparent à partager (a minima) les pages d’un même programme ? En tout cas nous y croyons, et voyons en cette démarche ce que le chiasme est à la littérature : une forme qui permet aux éléments de se croiser pour rythmer le temps et densifier les sens. Et puis si ce n’est le cas, au moins auront-ils essayé, et pourront-ils alors retourner à leurs vies solitaires dès le 26 mars, avec en tête ces mots de Simone de Beauvoir au moment de quitter l’homme qu’elle avait tenté d’aimer toute sa vie durant : « Il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s’accorder. »

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