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Marivaux, orfèvre d’un langage excessivement raffiné selon Voltaire, cherchait à « peser des œufs de mouche dans des balances en toile d’araignée. » Le projet esthétique est un peu différent chez Delphine de Baere, puisqu’il s’agit chez elle de « jongler avec des couilles dans le désert. » Voilà, tout est déjà dit sur cette utopie brute et brutale que l’artiste belge cherche à faire advenir. D’abord à grands fracas comiques (le début du spectacle, où un cowboy réduit à ses cigarettes contemplatives et son torse sur-luisant, est complètement fascinant), puis avec un esprit fantaisiste et post-beckettien bien plus vain et lourdingue. L’hypertrophie des intentions (montrer « la peur du vide », « l’attente beckettienne », les « impasses du collectif », le « sentiment d’échec », « la beauté du rituel »….) paralyse la force fantaisiste du geste, et tout dans cette grande plaine insensée finit par devenir trop allégorique. L’insolence s’est muée pour nous en insolation, mais nous reviendrons au prochain désert avec beaucoup d’espoir. “Quelque chose va se passer”, avec Delphine de Baere, lorsque la dramaturgie s’élèvera au niveau du délire.

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