Introspection bourgeoise

Z'Ombres
Par

D.R.

D.R.

Le temps qui est passé trop vite, les souvenirs qui s’éloignent, la force qui nous quitte, les amis qui s’en vont, l’expérience de la mort qui se rapproche… C’est un vaste programme que déploie le texte d’Isabelle Pirot, retouché pour deux comédiennes à l’occasion de ce Festival d’Avignon.

Une femme d’un « certain âge » se livre à nous, les pupilles mouillées, suivie de près par son double, plus fraîche, plus vive, sa part de jeunesse, celle qu’elle était et qu’elle est encore (toujours ?). Car « Z’Ombres » est avant tout une revendication qui se compose de deux grands cris : « Je suis toujours jeune » et « Je ne veux pas mourir ». Isabelle Pirot incarne cette parole plaintive accompagnée de sa fille, Marie Frémont, mutine et cabotine ombre de l’âge, le tout orchestré par Aurore Frémont, cadette de la famille. Tout commence avec la visite à l’amie malade, on se confronte à la mort, on réalise que ce sera bientôt notre tour. Eh oui, la fin des autres est tout de même bien moins intéressante que notre propre fin. Et moi, et moi, et moi. Qu’est-ce que je vais devenir, moi ?

S’ensuit une tirade autocentrée, bourrée d’interrogations vaines et de miserere. Tout en mimiques enfantines, les comédiennes accentuent leur âge en refusant les rides et les traces vivaces que la vie leur a inévitablement laissées en cadeau. On déblatère sur la mort, la mort qui tue, la mort qui pue, on est dégoûté par le déclin du corps, de la peau, des muscles, de la féminité. Cette pièce qui se voulait un pied de nez à la fin inéluctable qui approche en devient morbide. Souci bourgeois que d’être obnubilé par la seule chose de la vie à laquelle on ne puisse rien. Fantasmer sur le néant plutôt que de profiter de ce qui est entre nos mains. Quelle ingratitude.

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