Poreux Porée

Trilogie du revoir
Par

(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

Benjamin Porée a beau convoquer, dans sa note d’intention de la « Trilogie », tout à la fois Tchekhov, Pierre Soulages et Roland Barthes, il y a peu de chances qu’aucun de ces génies éthérés ne vienne planer sur son spectacle, qui nous plonge dans la torpeur et l’ennui.

On aimera ou pas la prose froide et vaguement réactionnaire de Botho Strauss. Elle n’est pas sans mérite d’observation socio-psychologique de ses contemporains. Mais c’est tristement souvent qu’elle appelle des mises en scène laborieuses (ici surgit le souvenir effroyable des 3 h 20 d’« Ithaque » aux Amandiers de Martinelli). La version de Benjamin Porée, succession des plus mauvais clichés rohmeriens, de transitions musicales grossières, accentue la contradiction fondamentale du texte qui est aussi celle de sa présente dramaturgie : il sombre corps et âme dans ce qu’il prétend dénoncer, c’est-à-dire la crise de la représentation à l’âge postmoderne.

Certes, le chassé-croisé de ces personnages pathétiques, qu’il soit professionnel, amical, familial ou amoureux, est un reflet adéquat de nos défaillances relationnelles, cristallisées dans un milieu où le rôle du regard est au cœur des stratégies d’interactions : le monde de l’art, symbolisé par ce salon conceptuel où circulent, de tableau en tableau, les corps désincarnés d’artistes, de critiques, d’acteurs…

Mais il s’arrête au discours : sa logorrhée emporte la poésie, la noie sous un torrent de mots et d’images (encore un énième et inutile dispositif vidéo en mode caméra embarquée sur l’épaule d’un comédien). Si le spectacle nous vole notre être, dixit Debord, que dire du spectacle du spectacle ?

En somme, « Trilogie du revoir » a tout d’un vieux théâtre des années 1970, resté figé sur les décombres du structuralisme. Là où Claude Régy, importateur de Botho Strauss en France, avait utilisé à Nanterre, dans sa version de 1981, un canapé circulaire comme élément central de la scénographie, Benjamin Porée a choisi un canapé droit. Quel vent épique et révolutionnaire souffle sur notre nouvelle génération de metteurs en scène !

Je préfère m’éclipser avant la fin : le silence éternel de ces espaces infiniment creux m’effraie.

 

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