Théo Mercier, pape de la forme pure

Outremonde
Par

© Erwan Fichou

 

Dans son exposition « Outremonde » à la collection Lambert, Théo Mercier parvient une fois de plus à créer un territoire, une planète étrangement proche et redoutablement esthétique.

A l’heure où la notion de paysage envahit les humanités universitaires, le plasticien Théo Mercier propose un voyage immersif dans l’inconscient meuble et les plis mémoriels de chaque visiteur. Dans son univers «Outremonde », des sculptures de sable émergent de dunes, comme des souvenirs, précis et incongrus. Un pied monumental, seul vestige d’une statuaire glorieuse, des chapiteaux doriques échoués, un chien pompéien figé dans un temps post apocalyptique, chaque motif rescapé devient précieux, trace d’un passé qui s’accroche pour ne pas sombrer. Est-ce la culture occidentale qui a été enseveli? Est-ce notre mémoire qui nous fait défaut, polluée par l’accumulation d’images contemporaines qui, comme des grains de sable, enroue notre regard? La déambulation muséale formalise la distance, les salles de la collection Lambert sont l’écrin ultra contemporain de ce monde mort qui laisse – par tendresse? par nostalgie? par nécessité? – ses fantômes nous atteindre. Théo Mercier nous invite à traverser le Styx, couloir grunge et préhistorique qui débouche sur une réalité parallèle où l’outrebleu a colonisé nos trois dimensions. Le tas de sable posé là, ilot sans attache ni dans le temps, ni dans l’espace, s’adresse à l’enfant caché, soliloque, s’interroge, induit un état méditatif comme si le sphinx avait perdu sa prestance mais pas son acuité. La porosité avignonnesque nous fait rêver de ces «paysages vivants » sur un plateau, tellement scénographiques que toute présence humaine semble superflue, l’esthétique portée au pinacle comme le rêve achevé de la forme pure. Doivent-ils être activés par des corps ou des mots? La tension crépusculaire, friable et enfantine de ce sable sans chateau se suffit et nourrit tant elle génère par elle-même tous les possibles d’une représentation fantomatique et le temps retrouvé de la contemplation.

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