Heureux celui qui peut s’en remettre à son Dieu

Intégrale des Cantates de Bach n°43: Ein feste Burg ist unser Gott, BWV 62-80-139
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Les portes se referment sur l’obscurité pluvieuse et glaçante de ce mercredi de février et l’on découvre un parterre plein à craquer de têtes blanches religieusement installées dont on mesure l’impatience silencieuse tout en remontant les allées. On a l’impression d’être tombée au beau milieu d’une réunion de famille tant ce rendez-vous semble avoir solidement agrégé et fidélisé son public au fil des 42 précédents récitals dédiés à cette Intégrale des Cantates de Bach. En effet, depuis sa création en 2005, l’ensemble Gli Angeli Genève, fondé et dirigé par Stephan MacLeod, se consacre à ce pan monumental de l’œuvre du grand maître allemand. Plus largement, cette formation à géométrie variable se voue aux musiques de chambre vocales et instrumentales des XVIIe et XVIIIe siècles avec pour singularité de jouer sur des instruments d’époque (ou copies). Ce soir-là, l’orgue du facteur Felsberg construit en 1995 pour le Temple Saint-Gervais (une recréation et non une copie de l’orgue de Jehan Titelouze, France, début XVIIe) inaugure les deux heures de concert avec la merveilleuse fantaisie de choral sur “Nun Komm der Heiden Heiland” de Nicolaus Bruhns, organiste et compositeur virtuose, prédécesseur de Bach. La luminosité de cette œuvre et la vivacité du jeu de Francis Jacob nous laisse étourdis tandis que se mettent en place les concertistes et instrumentistes pour nous interpréter trois Cantates. Si le chœur prend du temps à trouver son équilibre et son rythme, les solistes – en particulier le duo de l’alto Alex Potter et du ténor Thomas Hobbes – rendent justice à la richesse et l’audace du langage musical de Bach. On regrette néanmoins une certaine inégalité dans l’ardeur et la virtuosité des chanteurs qui, au fil des strophes, nous fait passer d’un enthousiasme débordant à une écoute patiente. À mesure que nous avançons d’une Cantate à l’autre, le jeu des instrumentistes se révèle quant à lui précis et attentif à défendre l’ingéniosité de la composition. Et soudain, les bons élèves tempérant jusqu’alors leurs ardeurs entament la dernière Cantate BWV62 – bouclant ainsi le récital par le “Nun Komm der Heiden Heiland” de Bach, cette fois – et l’on découvre leur passion inaltérable pour cette œuvre grandiose. Exalté, émouvant et parfois presque espiègle, l’ensemble Gli Angeli nous offre un dernière et formidable envolée lumineuse avant que le silence nous regagne et que nous replongions dans la nuit.

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