Partition(s)

Poétique quantique

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« Partition(s) », c’est la rencontre entre François Gremaud, de la 2b Company, et Victor Lenoble, de l’Institut des Recherches ne Menant à Rien. Partant de là, « Partition(s) » est donc une pure rencontre poétique entre deux agités du bocal. Les travaux précédents de ces deux entités ne pouvaient d’ailleurs que mener à la création de cette performance.

Prenons la 2b Company : l’œuvre centrale, c’est la « Conférence de choses », ce monologue de huit heures qui parle potentiellement de tout. Les artistes de l’Irmar, quant à eux, se choisirent comme manifeste le « Discours sur rien » de John Cage, partant du principe que pour parler de rien il faut parler de tout. Voilà les grandes lignes de la proposition : « Partition(s) » parlera donc de tout et de rien. Cette filiation revendiquée du côté de John Cage ajoutée à un certain art de la provocation (le public étant invité à assister à la lecture d’un échange de mails entre Gremaud et Lenoble performée par Gremaud et Lenoble) n’est pas sans évoquer les œuvres protéiformes du mouvement Fluxus auxquelles on aurait greffé les contraintes presque mathématiques de Georges Perec.

« Partition(s) » interroge le chemin créatif, cherchant à définir ce qui fait une partition, puis ce qui fait une œuvre d’art. À partir d’une envie de Victor Lenoble signifiée à François Gremaud de faire œuvre ensemble, le chemin créatif s’élabore sous nos yeux. Bien sûr, les deux artistes ne sont pas dupes et distinguent leur moi du temps de l’écriture de leur moi du temps de la restitution scénique, mais ce regard double est posé avec humour et tendresse, désamorçant les ricanements cyniques qui auraient pu apparaître dans l’audience.

En ces temps d’ultralibéralisme assumé où l’on se doit de faire la course au rendement et à la productivité, « Partition(s) » est à ranger au côté de ces œuvres qui émergent de-ci de-là, poétiques et politiques, qui font un bras d’honneur à l’obligation de résultat. Un bras d’honneur musical et sylvestre, mais un bras d’honneur quand même. « Partition(s) » est à vivre comme une expérience métaphysique où l’important ne serait pas le résultat, mais le cheminement. C’est une promenade faite sur un chemin de traverse, sans but, juste pour la beauté du geste. En ce sens, François Gremaud et Victor Lenoble semblent nous dire que l’important n’est pas de créer quelque chose mais de créer un mouvement, fût-il circulaire. Si les questions soulevées au fil de leur travail ne trouvent pas forcément de réponse, la performance répond en revanche de façon très claire à la question que posent régulièrement les détracteurs de l’art contemporain : à quoi ça sert ? Eh bien parfois ça ne sert à rien. Et c’est à ça, à ce refus de l’utilitarisme, à la distinction faite entre ne servir à rien et être inutile, que se reconnaissent les artistes. « Partition(s) », mine de rien, est un pur plaisir réflexif sur la volonté créatrice, une démonstration qu’en art il n’y a pas à proprement parler d’échec et que le processus en lui-même peut déjà faire œuvre.

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