So Little Time

Le fil de la mémoire

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Que dire sur Dib al-Asmar, ce vrai-faux martyr libanais, héros malgré lui d’une résistance palestinienne face à l’ennemi sioniste ? Rabih Mroué offre un travail de reconstruction biographique fictionnelle, développant une réflexion sur l’histoire et un objet poétique saisissant.

Le spectacle, seul-en-scène de l’auteure, comédienne et metteure en scène libanaise Lina Majdalanie, est construit en trois volets articulés autour d’un mode d’expression à chaque fois différent : la première partie est celle du récit oral de la vie de Dib, ponctué par l’immersion dans un bac d’eau de photos dont on comprend vite qu’elles n’ont rien à voir avec l’histoire de Dib, illustrant plutôt des tranches de vie de la comédienne. On est ici dans un dispositif qui rappelle étrangement le cultissime « Les Photos d’Alix », de Jean Eustache, convoquant peu à peu une étrangeté qui ne quittera plus la scène. Puis c’est au travers d’un texte rétroprojeté en arabe que l’on poursuit les aventures extravagantes du « martyr vivant » ; car Dib se rend vite compte de l’enjeu politique dont il fait l’objet, et que les martyrs « représentent tout sauf eux-mêmes ». Les photos effacées sont autant de souvenirs troubles : comme dans « Riding on a Cloud », Mroué insiste toujours sur la difficulté de séparer clairement la réalité de la fiction. La dernière séquence confirme cette confusion, avec la reprise du récit oral, mais à la première personne. Comme toujours chez Mroué, la scénographie minimaliste (une table, un écran, un lecteur CD) renforce le rôle de la parole. Car « So Little Time » est d’abord un conte poétique, un voyage un peu absurde et drôle dans un Liban à la fois documentaire et fantasmé. Une tranche de l’histoire d’un pays dans lequel les morts ne sont jamais vraiment morts.

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