Le syndrome ian, © Marc Coudrais

Au commencement était la terre. Cette terre “informe et vide” sur laquelle nous vivons et où se meuvent les danseurs. Ceux de Christian Rizzo, mais aussi tous ceux d’un soir, qui de Paris à Tokyo usent leurs désespoirs et leurs éclats sur les pistes d’un monde sans nom auquel ils essayent pourtant de donner forme et consistance. C’est à cette lutte acharnée que nous permet d’assister le chorégraphe dans le troisième opus de ce cycle qui fait suite à la nostalgie crasse de l’inoubliable Ad noctum. Une lutte qui nous voit devenir tour à tour spectateurs des solitudes abyssales qui peuplent nos Clubs, puis des communautés qui s’y forment, avant la tristesse éternelle que fera naître en nous la mort de chacun. Alors c’est dur, bien entendu, mais reste que Christian Rizzo place dans l’œil du cyclone des solitudes qui dévastent ces vies de fête, une certaine croyance en la valeur du vécu, et que cela change tout. Bien sûr, la conscience règne et personne n’est dupe, mais alors que les trois sublimes soleils électriques qui trônent en majesté sur le plateau n’irradient plus rien ni personne, leurs carcasses continuent de faire face à des corps morts eux aussi, mais qui toujours continueront de danser, que rien n’arrêtera. Surtout pas la nostalgie des rayons de ces mêmes soleils quand la vie était belle et les espérances au zénith. Seule survivante du désastre, une danseuse nous montre d’ailleurs l’exemple. Déshabillée de son passé et de ce costume mortuaire, elle bouge comme jamais face à la fin du monde solaire à laquelle nous venons d’assister, et nous permet de voir la réalité : quand la lumière s’éteindra, la brillance dorée du sol sur lequel tous les hommes ont dansé ne se ternira jamais. Car au commencement était la terre. Cette terre “informe et vide”.

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