Le Colonel des Zouaves / Un mage en été / Providence

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C’est peu dire que la MC93 nous offrait ce week-end un présent inégalable : celui de parcourir en une demi-journée la « trilogie Cadiot » amorcée en 2001 au Festival d’Avignon avec « Le Colonel des Zouaves » par Laurent Poitrenaux et Ludovic Lagarde. Comment ne pas voir après coup, sur cette lande magique des illusions éperdues foulée par ce serviteur fantaisiste, qui réenchante toute l’amère gastronomie postmoderne, une métaphore peut-être facile mais bouleversante du géant Poitrenaux qui (sans renier l’emphase et les déboires subjectifs de toute hiérarchisation) s’impose comme l’immense comédien français de notre temps. 

De Castellucci à Novarina, l’artiste tiraillé par la dénaturation du commun se plaît à rêver l’acteur comme une ombre de l’animal, dans cette traversée de la parole qu’il s’invite moins à réactiver savamment qu’à reparcourir dangereusement. Des replis tortueux d’un monologue sportif dans « Le Colonel » aux confessions éparses de « Providence », en passant par l’hypnose d’un mage en nage, Poitrenaux adopte toutes les postures transmissives en abandonnant son génie aux foudroyantes présences d’une liqueur verbale qu’il rend aussi énigmatiques qu’accueillantes. Malgré les faiblesses dramaturgiques de « Providence » (qui embrasse plusieurs nouvelles du recueil et s’égare symboliquement), la trilogie prouve que le mot acteur, comme l’affirmait Castellucci, est parfois terriblement inexact, comme celui de « mage » dont le texte de Cadiot nous rappelle les écueils mystificateurs. Retenons plutôt cette formule de Novarina, qui sonne bien avec « Poitrenaux » : « animal du portement. »

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