Bells and Spells

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Avec « Bells and Spells », Victoria Thierrée-Chaplin et sa fille Aurélia renouent avec les amours anciennes de la famille. Leur dramaturgie n’est pas sans rappeler celle de « La Symphonie du Hanneton », premier spectacle de James Thierrée (1998) construit comme un tendre cauchemar. A l’insomnie verticale de ce dernier succède ici une salle d’attente gommeuse qu’une vieille dame va finir par récréer, s’infiltrant telle Alice dans le portrait d’un charmant amiral. Sa pérégrination, insensée et captivante, « gigantesque tournis cosmique », retrace les larcins véniels d’une cleptomane évanescente qui ne cesse de disparaître dans la vitre d’un tourniquet, le double fond d’un fauteuil ou la fureur guerrière d’une toile médiévale. Cette voleuse intempestive n’a rien du costume d’emprunt, car chez les Thierrée, l’art se conçoit toujours comme une infraction, infinie et rêveuse, dans le réel. Dérober l’objet du désir, robes en velours ou lampes pampilles, non pas pour s’en parer mais pour s’emparer de ses possibilités inachevées et détourner avec lui tout un ordre du monde. A l’image de ce village étrange, peuplé de pantins dérisoires, que dépeignait par Bruno Schulz dans « Les Boutiques de cannelle », la camelote est toujours susceptible de résurrection dans la belle époque kitsch et déréalisée que les Thierrée semblent reproduire. Paillassons caoutchouteux pour armures, bestiaires de breloques, « Bells and Spells » est un spectacle où l’effet magique n’est plus une mystification, mais une pure surprise qui exhibe immédiatement ses ficelles, car il ne s’agit plus de truquer le réel mais d’y faire déborder des fantaisies éphémères. Rien de moins prétentieux et de plus créatif que cet entre-sort inoubliable de grands forains, ruée vers l’or des vraies richesses. 

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