Enrober de sucre le diable personnifié

Hamlet
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L’allure immersive de cet « Hamlet » n’est qu’un leurre. Disposé autour de la scène et sur les tables du mariage mortuaire, le public n’est pas entraîné dans une énième machinerie illusionniste du monument shakespearien. Rappelant Jean-François Sivadier par ses dérives circassiennes, sa connivence populaire et ses artifices sans chichis, le spectacle de Thibaut Perrenoud fait de la tragédie une aventure théâtrale où la folle mélancolie du héros devient un jeu, burlesque et aliénant. Rêvant d’offrir à son masque des « pensées de sang », le Hamlet très ludique que campe magnifiquement Perrenoud lui-même est au cœur d’une petite distribution virtuose. Sa mise en scène multiplie les trouvailles (faire jouer Gertrude et Ophélie par la même comédienne, faire du spectre un vieillard veillant comme chez Maeterlinck auprès d’une lampe…) et les facilités. La fine alchimie entre la parodie et la tragédie n’est pas encore trouvée. La faute à cette farce peu inventive de cabaret, scato et kaamelotesque, qui entache cette œuvre mille fois singée qui semble devenir une pure citation d’elle-même. La faute aux machines à fumée trop gourmandes, aux costumes paresseux et à cette scénographie qui rappelle le « Roi Lear » d’Olivier Py avec ses praticables trop lourds. Il n’en reste pas moins que le texte est donné à entendre avec beaucoup d’intelligence.

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