Le far° modestement poétique

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©Raphaëlle Mueller

Le far° festival des arts vivant de Nyon au bord du Lac Léman poursuit lors de sa 35e édition une programmation de créations ou premières suisses. Suivi par un public restreint mais fidèle il ambitionne de dénicher des formes exigeantes locales et internationales. « Organique », thème de l’édition 2019, surfe sur les préoccupations de plus en plus vives de tout un chacun en l’avenir du monde.

Danse, performance, dialogue d’artiste et de femme politique, agriculteur-activiste déguisé en ver de terre géant retournant la terre pour en exposer les vers ou leur absence, aquariums de nourriture du futur (insectes, champignons…), les idées ne manquent pas, même si certaines propositions peinent à trouver l’articulation qui leur feraient transcender leur concept initial.

Dans « The Stain » de Maria Jerez passent et repassent au milieu de décombres et détritus divers des comédiens masqués et silencieux, créant le lien avec le public en leur présentant des offrandes de pains aux formes et couleurs diverses. Leur grand silence sacrificiel peut devenir lassant mais on est touché par la délicatesse des gestes : comment donner et comment recevoir.

Anne-Lise Tacheron, au bénéfice d’Extra Time, programme d’accompagnement de trois jeunes compagnies par un professionnel chaque année différent, s’attaque un peu maladroitement mais avec beaucoup d’engagement à l’idée du surplus et d’excédant des textiles que nous consommons à outrance. Egalement bénéficiaire d’Extra Time le duo de danseurs Baptiste Cazaux et Akané Nussbaum déclinent des motifs inspirés des 99 manières de raconter une histoire façon Queneau dans son éponyme « Exercices de styles » et fonctionne avec assez d’humour et de maîtrise pour que l’on salue ici un travail plus abouti.

Une vraie réussite, « paysages impossibles » (Joëlle Fontannaz, Sébastien Crozet et Camille Mermet) met en avant ses deux excellentes interprètes aux prises avec un texte d’entrecroisements complexes. Elles éveillent, devant une série de diapositives aveugle, un paysage et une histoire déroulés en cercles concentriques dans le cerveau mis en alerte du spectateur, parfois perdu, parfois somnolent, envahi par le phrasé quasi hypnotique et la circonvolution de scènes intérieures qui aboutissent magistralement quelque part.

Reste, en partant, l’impression diffuse de quitter une bulle, car le far° ne parvient pas tout à fait à irriguer son territoire ou à s’inclure en son sein. Autour de l’espace central, îlot d’essais poétiques, le reste de la ville dort. La question du festival et de son territoire demeure ouverte. Comment infiltrer le reste du monde pour que le monde que l’on crée ne soit pas qu’un entre soi ?

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