Prague, capitale mondiale de la scénographie

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(c) Alžběta Jungrová_lowres

Depuis cinquante ans, la capitale tchèque devient tous les quatre ans pour une dizaine de jours l’épicentre de ce qu’il convient désormais d’appeler le « design de scène ». Pour cette quadriennale de design et d’architecture théâtrale, chaque pays se présente en deux façons, une exposition officielle institutionnelle avec un commissaire invité et un second espace dédié à l’émergence, avec une présentation ouverte aux écoles de scénographie. Il faut imaginer une grande halle Art déco divisée en de multiples ailes à la lisière du centre-ville, où plus de 80 pays exposent leur vision du moment de l’art scénographique. Des maquettes, des images, des installations, des concepts : si le territoire de chacun connaît les mêmes contraintes de frontières (5 x 2 mètres),l’imagination prend le pouvoir dans chaque pré carré. La confrontation des rêves laisse apparaître des tendances que l’on risque donc de voir bientôt envahir nos plateaux : le trop-plein prend le lead sur l’espace vide, les scènes s’encombrent, les acteurs semblent devoir se frayer un chemin au milieu d’accumulations diverses, et les matériaux naturels (le bois surtout) ou recyclés sont largement plébiscités. Une dénonciation de la surconsommation et un retour à la nature, rien de révolutionnaire sur le fond, mais des pistes fascinantes à découvrir sur la forme.Cette édition 2019 avait un goût particulier, puisqu’elle permettait à nouveau à la France de battre pavillon dans ses murs après quinze ans d’absence. Philippe Quesne assurait le commissariat des deux entités et rapporte même une coupe à domicile, puisque son installation « Microcosm » a reçu le prix du Meilleur Pavillon de la section « Pays et régions » 2019. Caractéristique de son univers, ce théâtre d’objets de fin du monde convoque à nouveau des éléments de sa grammaire visuelle et nous offre un salon de musique, une boîte de poésie que peuplent des fantômes à poils, ersatz des restes de matériaux, mémoire concrète de scénographies antérieures. Côté école, il a été choisi d’en créer une neuvième pour l’occasion, composée d’un membre des huit établissements d’enseignement supérieur français formant à la scénographie. Cette neuvième école a proposé dans un camion un « design truck », lieu de toutes les projections, un espace à rêver où tout semble devoir s’inventer en fonction de l’environnement et du moment. Ce travail sera présenté à nouveau dans le cadre des Douze Heures de la scénographie, le 10 juillet à la Maison Jean Vilar à Avignon.

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