I/O n°57 [édito] : De pore en pore

Par Marie Sorbier

C’est à travers la porosité des frontières que cette nouvelle édition du Kunstenfestivaldesarts tente de transmettre, une fois de plus, ce qui fait son suc si particulier. Pourquoi sommes-nous si fébriles quand s’approche le mois de mai ? Pourquoi ce festival belge reste-t-il une référence dans le monde du spectacle vivant, l’espace-temps privilégié où les futurs grands et les déjà désirés se donnent rendez-vous ? Pourtant, chaque année, les déceptions émaillent le parcours et les incompréhensions voire les colères animent les soirées de débats sans fin, parfois sans queue mais toujours avec tête. Parce que justement les frontières sont floues, meubles et donc à l’occasion difficilement identifiables, il faut savoir s’ouvrir à l’inconnu, le hors-norme, l’étrange, laisser les limites faire front et s’émanciper. Sortir deux numéros dédiés, c’est le pari de suivre cette ligne de partage des eaux pour la filer, tantôt sans oxygène, tantôt revigoré, mais toujours avec dans le regard des horizons de sensations nouvelles. L’empathie comme fanion, nous voilà en marche vers des univers mentaux et esthétiques impensés jusqu’alors, juste ce qui est nécessaire pour écarter les murs toujours trop étroits de nos cerveaux et tenter d’enrichir ou de nuancer la palette des couleurs de nos émotions. Espace de l’expérience et temps de l’élargissement du connu donc, s’installer à Bruxelles et vivre ce temps dédié à la création, sans discipline, prêt à être déplacé et heureux de faire un pas de côté.

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