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Binôme #7 – Un gamin au jardin
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Un gamin entre dans un jardin, il s’avance, observe. Il pose des questions, il veut comprendre ce qui l’entoure et qu’il ne connaît pas. Deux paroles se heurtent puis s’apprivoisent ; la parole savante et celle de l’innocent, naïve et belle. Qu’il s’agisse d’art ou de science, on ne sait jamais ce qu’il va se passer.

Ethnobiologie, génomique, immunologie, nanosciences, neurophysique, paléoclimatologie, hydrogéologie, physiopathologie de l’obésité, écotoxicologie optogénétique, ou autant de terrains inexplorés par l’écriture dramatique contemporaine. Depuis sept années maintenant, la compagnie Les Sens des mots crée et fait tourner ses binômes, collection d’objets insolites immortels qui œuvrent sans relâche pour la réconciliation des mondes. Poétique scientifique ou science poétique, voilà l’art de faire se rencontrer des planètes qui se pensent opposées.

Qui dit science dit rigueur. Alors « Binôme », c’est tout d’abord un protocole. À partir d’une rencontre d’une heure avec un scientifique, un auteur dramatique doit écrire sous la contrainte. Ayant comme source d’inspiration le travail de recherche du chercheur, il a un mois et demi pour donner 30 minutes de vie à trois voix. Aucune autre consigne n’est donnée à l’auteur, sinon la liberté de détourner les contraintes. Qui dit recherche dit innovation. « Binôme », c’est donc ensuite un format spécial : projection d’un extrait filmé de la rencontre entre le chercheur et l’auteur, puis de la réaction du chercheur à la lecture du texte, mise en lecture du texte, puis discussion avec l’auteur, le scientifique, l’équipe artistique et le public.

Dans un des « Binômes de l’édition #7 – Le poète et le savant », l’auteur québécois Daniel Danis rencontre Stéphane Sarrade, directeur de recherche en chimie durable. Concrètement, ce qu’on appelle aussi la chimie verte cherche à réduire les impacts de la chimie sur l’environnement. Les logiques et les mots s’entrechoquent, le décalage des discours prête à rire. Le discours cartésien du chercheur se laisse guider par les divagations sérieuses de l’auteur. Partie des bases techniques, la conversation tâtonne autour du rêve, puis dérive sur l’intuition avant de se poser sur le terrain commun des différences et similitudes entre la science et le théâtre. Quand une vérité éclate, elle résonne très fort, car la lucidité des parties est immense. « Je ne sais pas pourquoi il faut faire ça, mais il faut le faire. Faire de la recherche, c’est se faire mal, se mettre dans un état de doute, ou de douleur », explique Stéphane Sarrade.

Obscure ou lumineuse, la mise en fiction par l’auteur concentre toutes les surprises et les déceptions de la composition dramatique. Quoi qu’il en soit, l’écriture contemporaine constitue le nœud du format. « Un gamin dans le jardin » s’apparente ainsi à une sorte de « Petit Prince » dans lequel Daniel Danis aurait mis toutes les préoccupations d’aujourd’hui : la peur de l’exclusion, les migrants, etc. Très poétique, autant que surréaliste, le texte rend hommage à Hugo, le fils de Stéphane Sarrade, décédé au Bataclan. Que le protocole soit ainsi malmené par une confidence hors plateau, dont l’auteur est responsable, fait donc aussi partie de l’exercice. Et c’est justement cette intimité-là, cette émotion et cette responsabilité, subsistantes malgré tout, qui en font le succès. Expertise à l’appui, « Un gamin dans le jardin » tisse néanmoins une toile de fond scientifique véridique. Dans la cour minérale de l’université d’Avignon, une fusée est montée vers le ciel.

 

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