Grand et petit

T’es pas né !
Par

(c) Pierre Grosbois

(c) Pierre Grosbois

Qui n’a jamais râlé parce que le lait a fait une peau sur le dessus du bol de chocolat chaud du petit déjeuner ? C’est à une odyssée à hauteur d’enfant que nous invite Philippe Maymat pendant un peu plus d’une heure. Toutes les étapes qui font devenir grand un petit sont passées en revue : les conflits avec le grand frère, le premier amour déçu, l’ennui chez les grands-parents à la Toussaint où on relit de vieilles bandes dessinées, l’équipe de foot et les cours de judo.

Ce spectacle est-il adapté aux enfants ? S’il ne leur est pas déconseillé, ils auront pourtant du mal à saisir les références de « T’es pas né ! ». Le texte s’ancre en effet de façon claire dans les années 1970 et 1980 : qui, ayant dix ans dans les années 2010, lit encore « Mandrake le Magicien » en chantant « Qui c’est les plus forts, évidemment c’est les Verts » ? Plus que les enfants, ce sont donc leurs papas qui s’identifieront avec tendresse au petit garçon campé par Philippe Maymat.

La question soulevée est pourtant intéressante : quand naît-on ? Naît-on vraiment le jour de sa naissance ? A-t-on l’âge de ses années ? À dix ans, tout prend des allures d’aventures, on est le héros de sa propre vie qui affronte grandes peurs et lourds chagrins. Ici, on naît une deuxième fois quand on devient grand. Quand on est adoubé par le grand frère, après avoir traversé des épreuves et résolu des énigmes : que peut bien être la « bobinettechéra » du conte ? Au bout de la représentation, on n’est plus un enfant, on est un grand, peut-être prêt à devenir grand frère à son tour.

On déplore malgré tout une certaine maladresse. Il n’est pas aisé de se glisser dans les chaussures d’un enfant de dix ans, et les illustrations sonores ternissent un peu la performance de Philippe Maymat. Redondantes, elles soulignent lourdement l’action et ajoutent une petite touche ringarde à un spectacle qui n’en avait pas besoin. Sachez-le, si vous cherchez du théâtre contemporain élitiste à la mise en scène alambiquée, vous vous êtes trompé de porte. Ici, on parle à hauteur de l’enfance, à hauteur du cœur. On touche les grands, et on les fait emmener au théâtre les petits. « T’es pas né ! » est non seulement une ode à l’enfance mais aussi une passation de pouvoir : entre l’enfant que l’on était et le grand que l’on devient ; entre deux générations de spectateurs. Une façon pour les enfants d’aujourd’hui de découvrir que leurs parents ont été les enfants d’hier et de créer du dialogue dans les familles au sortir de la salle. Une belle expérience transgénérationnelle.

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