Intus et in cute

Rain
Par

© Pierre Planchenault

Un immense carré blanc sur le plateau. Au fond, appuyé contre le mur nu de scène, un corps. Il nous apparaît ridiculement petit, infiniment loin. Il se rapproche. Les mouvements sont lents, comme si chaque pas s’enfonçait un peu plus dans le sol. Meytal Blanaru, accompagnée par la musique de Benjamin Sauzereau, nous livre, jusque dans les moindres replis de son corps, la trace muette mais vivante d’un souvenir de l’enfance. Le corps vit et revit cet instant, tandis que les yeux éclatants ne nous lâchent plus et que les mouvements se font plus convulsifs.

Le corps de la danseuse, formé à la pratique du Feldenkrais, porte ici les stigmates de la mémoire. Il devient le lieu où s’écrit, se transcrit et se revit le déchirement intime. Meytal Blanaru nous invite à la suivre pour explorer les moindres recoins de ce souvenir qui, en remontant à la surface de l’âme, saisit le corps tout entier. La conscience se glisse jusque dans le plus petit mouvement des doigts de la main, qui s’agitent et se tordent pour aller chercher l’infime variation du souvenir. La lutte épuise et si le corps s’effondre, il reprend place pourtant. La mémoire s’effrite et l’empreinte du passé s’efface mais le corps demeure, immuable tabernacle de ce que nous avons été et de ce que nous sommes. Fascinant.

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