"Like Me", La compagnie dans l'arbre © Cynthia Charpentreau

© Cynthia Charpentreau

Pour “Like Me” de la compagnie Dans l’arbre, rendez-vous est donné à la piscine municipale. A l’arrivée, distribution de casques : la forme adoptée est ici celle de la déambulation en espace non dédié, une balade sonore qui mêle réel et le fictif, en jouant sur les effets de trouble ainsi induits, à la faveur d’un mixage réalisé en direct et avec talent.

Simon Volser, champion du monde d’apnée, accueille le public. Jeune, sympathique, sourire avenant, Simon dit avec des mots simples la joie de partager son expérience de champion avec les personnes présentes. A mesure du franchissement des étapes – vestiaires, casiers, douches, bassin – Simon partage ses souvenirs, d’ado pas toujours à l’aise, de sportif au mental d’acier, de star enfin des réseaux sociaux. Un gars sympathique, sensible au regard des autres, avec juste ce qu’il faut de fausse modestie pour le rendre crédible.

Evidemment, Simon est un personnage de fiction, campé avec justesse par Simon Dusart, comédien. Avec Pauline Van Lancker, qui co-signe la conception du spectacle, ils indiquent que leur propos est de donner à ressentir la mégalomanie rampante induite par les réseaux sociaux, la mise en scène constante de soi. Ils emploient pour cela une narration dédoublée, des extraits sonores diffusés au casque instillant graduellement le doute quant à la réelle étoffe de Simon Volser, qui d’admirable se révèle finalement misérable, capable de tristes bassesses dans la construction de son image de héros. Mais on peut aussi recevoir le spectacle autrement, comme un récit sur la perte de repères d’un champion trop médiatisé, plus soucieux de l’opinion du public que de sa pratique sportive, entraîné dans une spirale égotique qui finit par l’engloutir. Une parabole sur la starisation du sport, en somme. En état de cause, c’est toujours de failles narcissiques que le spectacle nous parle, et donc de notre humanité, avec sensibilité.

Le procédé de double narration n’est pas neuf, mais il fonctionne très bien avec le propos. L’ensemble est vraisemblable, bien écrit, l’interprétation est tenue de bout en bout. L’idée de donner les représentations dans de vraies piscines est pertinente : l’odeur, l’humidité, les clapotis de l’eau, tout un univers sensoriel ramène les spectateurs à leurs propres souvenirs, que le texte contribue à ancrer dans le temps des activités sportives au collège. C’est une résonance potentiellement forte qui se crée alors, et on peut se demander si les deux metteurs en scène en ont bien pris la mesure : en utilisant ce lieu et en faisant ces références, ils convoquent des souvenirs dont ils ne s’emparent pas au niveau dramaturgique, au risque que les spectateurs décrochent du fil principal, ou se retrouvent déçus de ne pas approfondir dans cette direction. En tous cas, l’effet de confusion entre fiction et réalité marche à plein : jusqu’au bout, certains membres du public s’interrogent sur le personnage de Simon Volser, vivent le trouble de cette imbrication des univers, habile reflet du dédoublement entre la représentation de soi sur les réseaux sociaux et la réalité moins univoque de nos existences.

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